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31 juillet, grand jour des départs en vacances pour des millions d’automobilistes. Sur des routes bondées va se jouer le destin de quelques anonymes : Juliette décide sur un coup de tête d’aller rejoindre son amant dont elle n’a plus de nouvelles, Albert récupère son véhicule malgré la mise en garde de son mécanicien, la famille Jaeger se retrouve impliquée dans un carambolage. Aucun d’eux n’atteindra sa destination, mais tous verront leurs vies changer à jamais.
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Asphalte est une oeuvre intrigante, un assemblage de bribes d’histoires ayant pour fil conducteur la route où s’entrecroisent différents destins.
Chaleur suffocante, bassesse du genre humain, foule en déplacement, le film nous montre la route comme une monstruosité que nous nous infligeons, résignés mais consentants, et un lieu de tous les dangers.

Asphalte n’est pas le premier film à prendre un tel décor et à montrer l’enfer qu’il peut devenir pour les automobilistes. D’autres réalisateurs comme Luigi Comencini, par exemple, en 1979 avec Le Grand Embouteillage avaient déjà abordé le sujet, mais l’approche est ici différente. Asphalte se plaît à nous montrer les coulisses de ce monde : des aires d’autoroutes et leurs cafés cradingues, des animateurs de radio faisant le show, des chirurgiens cyniques et cruels qui tentent de sauver les blessés, des ferrailleurs blasés qui récupèrent les épaves, des motels glauques, des profiteurs pillant les affaires des gens qui viennent d’être victime d’un accident.

Denis Amar, dont c’était la première réalisation, fait baigner son film dans une ambiance à la frontière du fantastique : la route est presque une entité capable de mettre à profit les mauvaises décisions de chacun pour sceller leurs destins. Même quand les personnages recevront des signes annonciateurs de ce qui les attend (la fuite sous la voiture d’Albert, ou le personnage du cousu mettant en garde Juliette en sont de parfaits exemples), aucun n’en tiendra compte. Asphalte est-il un film profondément nihiliste, ou juste désespérément humain finalement ? Nous savons tous que conduire une voiture peut être dangereux, mais nous nous persuadons que les accidents n’arrivent qu’aux autres. Aussi, à la place des personnages, aurions-nous agit différemment ?

Amar place donc les spectateurs de son film face à des tragédies semblant inéluctables, tout en leur donnant la capacité de les pressentir.
Il filme les différentes scènes d’accidents au ralenti comme pour mieux interpeller le spectateur. Elles sont, de plus, très réalistes, le réalisateur n’hésitant pas nous montrer la tôle, les corps et le sang. Le but du réalisateur était-il d’éveiller les consciences ? En tout cas Asphalte peut faire réfléchir sur notre comportement derrière un volant et sur les petits riens qui peuvent conduire à des catastrophes.

Dans cette masse d’âmes arpentant les routes estivales, le film va se focaliser sur un panel de personnages : un bourgeois bourru au franc-parler (Jean Yanne, impeccable) qui viendra en aide à Juliette (Carole Laure), une femme paumée et à 2 doigts de craquer nerveusement ; Albert Pourrat (Jean-Pierre Marielle), un être un peu beauf mais sympathique qui fera payer le prix fort ses décisions stupides à ses proches ; la famille Jaeger victime d’un carambolage et dont le père Jean-Claude (Philippe Ogouz), blessé mais miraculeusement indemne, erre sur les routes, à pieds, semblant avoir occulté l’accident ; Le cousu (René Bouloc), un clochard fou qui hante une aire d’autoroute mettant en garde les gens sur leur avenir comme s’il avait un pouvoir de prémonition.
Nous retrouvons aussi Georges Wilson et Étienne Chicot respectivement dans les rôles d’un chirurgien et d’un ferrailleur, et également Christophe Lambert et Richard Anconina faisant de la figuration.
Un casting de qualité pour un film étrange.

Car oui, Asphalte est indéniablement étrange. Étrange dans sa narration et dans le traitement réservé à ses personnages, étrange par son côté contemplatif, étrange dans le ton qu’ose prendre Denis Amar pour son métrage.
Film à la fois humain mais froid, semblant engagé mais se montrant parfois complaisant, l
es principaux défauts du métrage restent un rythme parfois mal maîtrisé et certaines scènes s’imbriquant mal dans l’ensemble (celles avec le cousu notamment).
Le film de Denis Amar est sans conteste une oeuvre à part, intéressante, mais imparfaite, mais qui reste une preuve que le cinéma français des années 70/80 avait encore le courage d’oser des expériences, et savait faire fi du politiquement correct. Le même politiquement correct dans lequel il se vautre depuis lors. 

– Anthony Rct –

Asphalte
1981 – France – 91mn
Réalisation: Denis Amar
Genre(s): Drame
Acteur(s): Carole Laure, Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne

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