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Un frère et une soeur sont kidnappés par un groupe de cannibales qui leur feront subir les pires tortures. Cette famille, entretenant déjà des relations pour le moins malsaines, va sombrer irrémédiablement dans une spirale de violence et de destruction.
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C’est un bien étrange film que voila, dont je n’avais pas entendu parler avant d’avoir entre les mains l’édition DVD de chez TetroVideo.

Première oeuvre du mexicain Alex Hernández, qui en est également le scénariste, on peut dire que Blood for Flesh ne manque pas d’ambition et que son réalisateur n’a pas choisit la voie de la facilité. En effet, là où beaucoup de films underground se contentent d’être extrêmes sur la forme, délaissant trop souvent le fond, le film qui nous intéresse aujourd’hui adopte une démarche presque inverse.

Blood for Flesh n’est pas forcement très “hardcore” visuellement, même si certaines scènes vont assez loin, mais il l’est infiniment plus psychologiquement.

Le métrage fait preuve d’une belle complexité dans son développement et dans le traitement des thèmes qu’il aborde. Faisant fi d’une narration linéaire, Hernández fait le choix d’éclater son récit, nous faisant faire des allers-retours entre le passé et le présent. Il va diviser son film en différents chapitres qui nous montreront la destruction de cette famille à travers la douleur des corps et des âmes ; celle de la fille principalement. Interprêtée par Erika López qui y est très convaincante, la jeune soeur est perdue entre un frère avec lequel elle entretient une relation inadéquate, et un père incapable de la comprendre, et surtout de la guider.

Profondément obscure, Blood for Flesh est une oeuvre où le désespoir règne et qui se termine comme elle a commencé, sans la moindre note d’espoir, sans la moindre catharsis. Un drame en 7 actes où s’entremêlent trahison, culpabilité, violence et mort. Prenant pour décor une terre semblant coupée du reste du monde, où les hommes sont comme aliénés par leur passion, leur pulsion où la reine Chair domine : la chair que l’on meurtrie, la chair dont on se nourrit, la chair source de plaisir ou moyen de défoulement, la chair que l’on paye par le sang.

On en arrive même à douter de l’existence véritable des cannibales venus troubler le “quotidien” de cette famille. Sont-ils seulement réels ou un simple fantasme, une allégorie de leur conscience coupable, une chimère de leur esprit un peu malade venue les tourmenter ? Difficile de trancher : Hernández n’apportant pas de réponse définitive, il appartiendra à chacun de se forger son opinion.

Blood for Flesh donne parfois l’impression d’être face à un puzzle dont chaque chapitre –hacia lo primitivo, el domino de la bestia primitiva, sin llanto alguno, por el amor de una mujer, sin misericordia, solo contra todos, toma hasta la ultima parte de mi– est une pièce mettant un peu plus en avant la déliquescence mentale et morale de ses protagonistes. Alex Hernández semble prendre un plaisir voyeuriste à filmer leur décadence inéluctable, se montrant même parfois complaisant.

Blood for Flesh drague son lot d’atrocités. Inceste, viols (masculin et féminin), émasculation, auto chirurgie, meurtres, actes sexuels dépravés voire sanglants : rien ne nous sera épargné. La caméra du réalisateur ne fait preuve d’aucune pudeur, ou tout au plus, d’un peu de retenue : si tout nous est présenté frontalement, la photographie du film délibérément trop sombre agira comme un paravent. Le public distinguera plus qu’il ne verra, l’imagination de chacun fera le reste.

Le spectateur à la recherche d’une simple “boucherie” en aura tout de même pour son compte, mais en matière de cinéma extreme, il existe infiniment pire que ce métrage. 

Alex Hernández nous livre une oeuvre très adulte, réfléchie, dont on ressent les sources d’inspiration. On y retrouve des touches de Lars Von Trier, de David Lynch, voir même une pointe de Jodorowky. Il est étonnant qu’un réalisateur aussi jeune (23-24 ans) parvienne déjà à trouver son style sans tomber dans l’hommage pompeux.

En conclusion, son récit fragmenté, sa division en chapitre, et les différents effets de style utilisés pourraient nous conduire à penser que nous sommes devant un film un tantinet prétentieux. Il est vrai également que l’ensemble manque parfois de cohérence, d’un fil conducteur, qui nous permettrait de comprendre pleinement ce Blood for Flesh, plutôt que de juste réussir à l’appréhender. Il n’en demeure pas moins que nous tenons là une oeuvre interessante, souvent intense, et formellement belle.

Malheuresement son aspect déroutant, son récit parfois difficilement intelligible et son coté “arty-expérimental” risque de laisser plus d’un spectateur sur le bord du chemin.

– Anthony Rct –

Blood For Flesh
Titre original: Sangre para la Carne
2019 – Mexique – 57mn
Réalisation: Alex Hernández
Genre(s): Horreur, Gore/Extrême, Court & Moyen Métrage, Déviant/Trash
Acteur(s): Erika López, Juan Manuel Martínez, Luis Navarro

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