Toute l’équipe de Bloodrunner Zero nous revient pour un deuxième épisode. Un court-métrage de 21 minutes qui délaisse le coté expérimental du premier pour se rapprocher de l’horreur.

Contrairement au premier, Bloodrunner Zero 2 a un scénario, extrêmement laconique, mais auquel le spectateur peut se raccrocher : Zero se réveille près d’une maison dont l’entrée est protégée par un talisman accroché par de la ficelle rouge. La jeune femme décide malgré tout de rentrer dans la demeure. Une fois à l’intérieur, elle découvre un meuble fermé par un peigne et la même ficelle rouge, dans lequel se trouve un miroir. C’est alors qu’elle commence à entendre des voix étranges et déformées entonner une comptine pour enfants, et qu’une femme étrange apparait.
Certes c’est peu, mais largement suffisant pour la 20aine de minutes que dure ce court. Il faut noter que, comme son prédécesseur, l’intérêt de cet épisode n’est pas l’histoire mais bien son ambiance : onirique dans le premier, effrayante dans le second.Pour ce nouvel opus Satô est allé cherché son inspiration dans le folklore japonais et particulièrement dans les kaidan, ces contes japonais remplis de fantômes. Popularisé par la j-horror (films d’horreur japonais), les Yūrei-eiga (films de fantômes japonais) ont connu un énorme succès à la fin des années 90 et au début des années 2000, bien au delà des frontières nippones, avec des titres comme The Ring, Dark Water, ou Ju-onLe réalisateur reprend donc tous les codes du genre, surtout dans la représentation de son fantôme (femme aux longs cheveux noirs et au teint blafard) tout en n’oubliant pas d’y ajouter ce qui faisait “la particularité” de Bloodrunner Zero : la scarification non simulée.

L’actrice Zero Syoujyo fait son retour, jouant ici 2 rôles (Zero et la femme fantôme), et va de nouveau nous gratifier d’une performance d’automutilation, beaucoup plus soft que dans le premier volet. Si Satô avait clairement trop mis en avant ces scènes lors de la sortie du premier, elles passent au second plan pour ce Bloodrunner Zero 2 ( même si la jaquette du DVD, toujours aussi racoleuse, n’oublie pas de nous rappeler que tous les actes sont bien réels). 

Sade Satô est quelqu’un de malin, il aurait très bien pu reproduire à l’identique la recette du premier, mais il savait aussi que l’effet de surprise ne pouvait plus opérer, les spectateurs sachant à quoi s’attendre. Même s’il continue de filmer de réelles scarifications, il les emmène à un nouveau niveau en prenant l’angle de l’horreur. Force est de reconnaître que la performance de Zero s’intègre parfaitement dans cette histoire de fantôme : voir cet esprit tourmenté continuer à se faire souffrir même dans l’au-delà nous offre une scène à la fois forte et inquiétante.

Nouvelle approche donc, il adapte sa technique en conséquence : exit les effets du premier (dégradation volontaire de l’image, montage inversé), sa réalisation est plus calme, plus carrée, plus classique. Elle est surtout, compte tenu du budget, exemplaire.
La photo de Masataka Sato (déjà directeur photo de Bloodrunner Zero) est elle aussi très réussie, et sa gestion de l’éclairage apporte à l’ambiance surnaturelle du court.Il en va de même pour la musique qui accompagne ce Bloodrunner Zero 2, Satô ayant de nouveau fait appel à Bride Wore Black. Les compositions sont moins minimalistes que sur le premier volet mais s’approchent plus de la dark ambiant : sombres, lents, les différents morceaux accompagnent parfaitement les images. Le court contient également une reprise de Tōryanse, comptine pour enfants très populaire au Japon (elle est couramment utilisée aux passages piétons japonais pour indiquer aux enfant qu’ils peuvent traverser en toute sécurité). Souvent utilisée dans des films ou des animés (comme dans Boogiepop Phantom, Serial Experiments Lain, ou Paranoia Agent, trois séries d’animation que votre serviteur vous conseille très fortement au passage), Tōryanse est un morceau relativement creepy et son utilisation pour ce court est une excellente idée.

Même si Bloodrunner Zero 2 ne fait jamais peur, son ambiance nous entraîne dans un monde étrange et inquiétant, délivrant des scènes du plus bel effet sans céder aux effets faciles du cinéma d’horreur (jump scare par exemple). En allant chasser sur le terrain balisé du kaiden-ega, Satô a su faire évoluer son univers et offrir à son public un nouveau court-métrage on ne peut plus recommandable.

– Anthony Rct –

Bloodrunner Zero 2
Année: 2018 ¦ Pays: Japon ¦ Durée: 21mn
Réalisateur: Sade Satô

Genres: Horreur, Court/Moyen Métrage, Fantôme d’Asie, Déviant/Trash
Acteur: Zero Syoujyo

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