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Dans le monde du cinéma underground le nom de Lucifer Valentine est extrêmement connu, réalisateur de la fameuse quadrilogie Vomit Gore : quatre films extrêmes visuellement et psychologiquement, transgressifs et profondément expérimentaux, ayant marqué les esprits (en bien, ou en mal).
Violent, trash, putride et malsain, ces films présentent également de nombreuses scènes d’émétophilie. Beaucoup de spectateurs n’avaient alors, et sans doute encore, retenu que « le vomi » jalonnant ces films, occultant tout le travail autour.
Si je vous parle du travail de Valentine dans cette review de Bloodrunner Zero, c’est parce que je vois un certain parallèle : montrer la réalité crue et sans trucage de certaines pratiques, l’émétophilie chez Valentine donc, la scarification dans le court métrage de Satô.

Oui, vous avez bien lu, Bloodrunner Zero comporte des scènes d’automutilation, bien mises en avant sur la jaquette un tantinet racoleuse du DVD nous indiquant que tous les actes sont bien réels.
De la à dire que le réalisateur interpelle notre curiosité uniquement par cet argument. Nous verrons, heureusement, que ce court métrage a d’autres choses à nous offrir.

Mais, d’abord, soyons clairs : Bloodrunner Zero, au contraire des films de Lucifer Valentine, n’est pas gore, et même si certains spectateurs seront certainement choqués par les blessures que s’inflige l’actrice, nous sommes face à une performance.
Oui les blessures sont réelles, oui le sang est réel, mais l’actrice est une pro, consentante, habituée, tout comme l’équipe qui l’entoure, à ce genre de pratiques.
Zero Syoujyo est une performeuse qui sait parfaitement ce qu’elle fait, comme tant d’autres performeurs de par le monde.

Reste la question morale : même si l’actrice est une professionnelle et est soignée après chaque prise, regarder un être humain s’infliger cela ne relève t’il pas de la curiosité morbide? Regarder n’est ce pas cautionner, voire encourager?
Il n’y a pas de réponse évidente face à ces questions, aussi je me garderais bien de porter un jugement, chacun est libre de penser ce qu’il veut et doit s’arranger avec sa conscience.
Bloodrunner Zero n’ayant pas pour vocation d’être vu ou de plaire au public le plus large de toute façon.

Si je dis que Bloodrunner Zero n’est pas pour tout le monde, je pense, bien sûr, à sa confidentialité et la difficulté pour se le procurer (qui restreint considérablement sa capacité à être vu), mais aussi aux gens qui ne seront pas capables de supporter un tel spectacle (et il n’y a rien à dire là-dessus).
Je pense aussi aux spectateurs qui ne sont à la recherche que de sensations fortes ou qui tentent de repousser leurs limites. Ces derniers risquent de passer à coté des qualités du court de Satô, mais aussi d’être déçus : bon nombre d’autres films même s’ils ne comportent que des effets spéciaux (donc des trucages) sont infiniment pires.

Et si ce court métrage reste extrême de par les actes d’automutilation, réelles, de son actrice, et à ne pas mettre devant tous les yeux, l’intérêt de Bloodrunner Zero ne se résume pas qu’à voir une nana se taillader les bras, tout comme l’intérêt des films de Lucifer Valentine ne se résume a voir des gens se vomir dessus : tout cela n’est qu’un élément d’un tout plus vaste et plus riche.

N’ayant pas, à proprement parlé de scénario, l’action de Bloodrunner Zero se situe dans une seule et même pièce, un salon, où trône une table avec dessus divers objets : livres, alcool, cigarettes et des médicaments…et bien sûr l’instrument tranchant dont elle usera.
Durant 16 minutes nous verrons donc Zero avaler médicament et alcool (en même temps, pas très conseillé chers lecteurs), lire, se taillader le bras, se coiffer, se taillader le bras, ou adopter des positions pour le moins peu naturelles et confortables.

Vide de sens et sans intérêt? Oui, ça peut le sembler, l’absence de scénario n’aidant pas, mais la démarche de Satô est avant tout expérimentale, et l’intérêt de son court n’est pas dans l’action, mais dans l’ensemble des éléments qui le compose : montage, musique, filtres.

Bloodrunner Zero est une oeuvre assez sensorielle, et même les actes de mutilations que s’infligera l’actrice s’imbriquent dans un tout, et contribuent à distiller une ambiance irréelle, voir onirique : ce salon, qui semble hors du temps pourrait presque laisser à penser que nous sommes dans une sorte purgatoire, à la croisée des chemins où Zero attend, sinon sa mort, peut être sa rédemption.

Satô amplifiera encore plus cette sensation d’étrange en utilisant divers effets vidéo et de montages : images tremblotantes, filtres, utilisation de lumières naturelles puis articielles, dégradation de l’image, plan diffusé en marche arrière, alternance de couleurs froides et de couleurs chaudes.
En résulte cette ambiance très particulière très bien habillée par les différentes plages sonores composées par Bride Wore Black, une musique à la fois minimaliste et inquiétante.

Malheureusement, comme tous films reposant essentiellement sur son ambiance, tout est affaire de parvenir ou non à rentrer dedans et Bloodrunner Zero risque de laisser quelques spectateurs sur le bord de la route.
Nous avons la une oeuvre assez singulière mais interessante, suffisamment courte pour ne pas provoquer l’ennui, et qui a plus à offrir que ses scènes de scarification finalement trop mises en avant.

– Anthony Rct –

Bloodrunner Zero
2018 – Japon – 16mn

Réalisation: Sade Satô
Genre(s): Expérimental, Court & Moyen Métrage, Déviant/Trash
Acteur(s): Zero Syoujyo

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