Pendant leurs vacances en Islande, Jenai et Riley vont un matin découvrir que tous les autres êtres humains ont mystérieusement disparu. N’arrivant pas à contacter leurs proches en Amérique, le jeune couple va en arriver à la conclusion que le phénomène est planétaire. Semblant désormais seuls au monde, ils vont devoir réinventer leur vie, mais également se confronter à eux-mêmes.

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Le cinéma n’a jamais manqué d’imagination pour mettre en scène la fin de l’humanité, souvent au travers de films à gros budget ayant recours à un déluge d’effets spéciaux et de scènes de foules en panique. Pourtant, nous avons aussi eu droit à des métrages adoptant une démarche inverse, loin de tout sensationnalisme. Ainsi, des réalisateurs comme Abel Ferrara avec 4h44 Dernier jour sur Terre, ou Lars von Trier avec Melancholia ont choisi d’aborder ce sujet sous un angle totalement différent et beaucoup plus intimiste.

Bokeh, dont l’origine du titre est à chercher du coté d’un effet photographique désignant le rendu flou en arrière plan sur un cliché, fait partie de ceux la, abordant la disparition de l’humanité à travers le regard d’un jeune couple à des milliers de kilomètres de chez eux, lors de leurs vacances en Islande. Les réalisateurs Geoffrey Orthwein et Andrew Sullivan, qui signent ici leur premier long-métrage, tentent de capturer toute la quintessence des paysages de ce pays à la beauté stupéfiante, nous le présentant comme un nouveau jardin d’Éden où Jenai et Riley, tels Adam et Eve, seraient les héritiers de cette Terre.

Une oeuvre esthétique à l’extrême où chaque plan fait montre du travail soigné de ses géniteurs.

Également scénaristes du film, Orthwein et Sullivan nous content une histoire simple, mais aucunement simpliste, sur l’amour, les regrets, mais aussi le sens de la vie. Un drame existentiel dont l’aspect science-fiction -la disparition des autres êtres humains- sera rapidement relégué en second plan.

Ainsi, si le jeune couple essayera évidement de chercher d’autres survivants ou d’élaborer des hypothèses sur ce cataclysme -phénomène paranormal ou intervention divine ?-, Bokeh fera le choix frustrant mais judicieux de ne pas apporter de réponses, préférant s’intéresser avant tout au cheminement émotionnel de ses protagonistes plongés dans l’inconnu.

Passés la panique et la peur d’être apparement les derniers êtres humains sur terre, Jenai et Riley se laisseront peu à peu gagner par la douce excitation de cette liberté totale, pouvant vivre leur amour loin du regard des autres. Mais la quiétude de cette nature et ce silence qui les entourent se fera peu à peu l’écho d’une solitude écrasante qui, au lieu de les rapprocher ne fera que les éloigner l’un de l’autre : si Riley se montrera pragmatique face à cette situation, y voyant même une chance de créer un nouveau monde à leur image, Jenai elle, plus mystique, se laissera gagner par une mélancolie profonde. Dans une ambiance de serein désespoir, Bokeh trouvera son point d’orgue lors d’un final amer et poignant.

Voilà un film qui parvient, avec un budget pourtant dérisoire, à en dire beaucoup en comptant uniquement sur  l’implication et le talent de son équipe : le talent de ses 2 réalisateurs et scénaristes qui ont réussi sans tomber dans l’excès à nous offrir un premier long-métrage aussi profond que pertinent, le talent du compositeur Keegan DeWitt qui parvient à habiller parfaitement leur film avec ses musiques minimalistes, le talent, enfin, de la magnétique Maika Monroe et du trop rare Matt O’Leary qui sont tout simplement parfaits dans leurs rôles respectifs.
Il est évident que face à une telle oeuvre, et malgré ses innombrables qualités, l’opinion de chacun ne sera pas à la demi-mesure : si certains se laisseront porter par cette merveilleuse proposition, nombreux seront ceux à trouver ce film terriblement vain, prétentieux et fastidieux.

Orthwein et Sullivan ont voulu composer un poème où l’émotion nait de la puissance évocatrice de leurs images, de la splendeur des environnements, et de l’alchimie de leur 2 excellents acteurs. En allant au bout de leur concept ils nous offrent avec Bokeh un magnifique et émouvant voyage qui ne pourra être pleinement apprécié qu’en faisant preuve d’une dose de patience et surtout d’un certain lâcher prise.

– Anthony Rct –

Bokeh
2017 – USA, Islande – 91mn
Réalisation: Geoffrey Orthwein & Andrew Sullivan
Genre(s): Drame, Science-fiction
Acteur(s): Maika Monroe, Matt O’Leary, Arnar Jónsson

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