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Dans un monde en perte de sens et de repères, un gang de clowns sème la peur et la mort. Vivant selon leurs propres règles, ils torturent, assassinent et, si l’envie leur prend, mangent quiconque a le malheur de croiser leur route.
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Patrick Fortin est un jeune réalisateur québécois qui, après avoir signé plusieurs courts-métrages, nous offre avec ce Carnival of Gore son tout premier long. Oeuvre underground, produite de manière indépendante, son nouveau bébé semblait dès les prémices promettre pas mal de folies et une bonne dose de gore.

Il faut dire qu’en matière de péloches déviantes/étranges/extrêmes le Canada s’avère plutôt prospère, comme en témoignent les sérieux représentants du genre qu’il nous a déjà offert. Sans aller jusqu’à dresser une liste exhaustive, nous pouvons citer des oeuvres comme Gutterballs de Ryan Nicholson, Long Pigs de Chris Power & Nathan Hynes, Thanatomorphose de Éric Falardeau, Atmo HorroX de Pat Tremblay, ou les fascinants Mecanix de Rémy M. Larochelle et Subconscious Cruelty de  Karim Hussain.

Il y avait donc de quoi attiser la curiosité avec un film rempli de clowns psychopathes, tout droit venu de nos cousins du Québec et enfanté par un réalisateur n’hésitant pas à étaler la tripaille sur l’écran, comme nous l’a déjà parfaitement prouvé sa trilogie de courts-métrages Catcall. Une curiosité d’autant plus exacerbée par la jaquette de l’édition DVD nous vantant comme source d’inspiration pour Carnival of Gore des films comme Bad Taste de Peter Jackson, Trash Humpers d’Harmony Korine ou 100 Tears de Marcus Koch. L’influence de ces 3 films est d’ailleurs indéniable dans le métrage de Patrick Fortin : il y a le gore “funny” de Jackson, le coté “anar” de Korine et l’aspect clown horrifique du Marcus Koch.

Carnival Of Gore est une oeuvre hybride et atmosphérique, parfois à la limite de l’expérimental. Un The Devil’s Rejects de l’underground nous offrant en modèle, à l’instar du film de Rob Zombie, des personnages pour qui la folie et la déliquescence sont la norme.

Nous avons là un véritable freak show qui ne s’avèrera finalement pas aussi gore que son nom l’indique. Certes, nous sommes face à un film comportant son lot de scènes sanglantes, mais si on le compare à nombre de films du même tonneau, ce dernier fait presque figure d’enfant sage. Mais cela n’est pas un défaut, au contraire, car bien souvent le déferlement de scènes gores prend le dessus sur le film. C’eut été d’autant plus dommage dans le cas de cette oeuvre, Patrick Fortin ayant plus à nous offrir que cela.

Objet filmique nihiliste, parfois abscons et souvent déconcertant d’un réalisateur “sale gosse” qui, sans signer une oeuvre pamphlétaire, semble quand même dire “fuck” au système, Carnival of Gore est un métrage plus complexe qu’il n’y paraît. Sans réel scénario et contemplatif en diable, c’est un film qui va sans doute interloquer bon nombre de spectateurs par son aura un peu punk, sa quasi absence de dialogues, son coté bricolé entre potes, et son rythme qui sait prendre son temps.

Adoptant une narration alternée entre plusieurs personnages, Carnival est un instantané des “aventures” de plusieurs timbrés accoutrés en clown : leur temps libre est occupé par des visites de maisons abandonnées et d’usines désaffectées, des séances de tabassage, de meurtres, de cannibalisme, et d’autres joyeusetés en tous genre. Il en résulte un métrage à l’ambiance étrange, oscillant entre des scènes à la tonalité burlesque et d’autres plus sordides ou malsaines.

Pierre angulaire de cette ambiance : la musique choisie avec soin par le réalisateur, en parfaite adéquation avec ses images, accentuant l’étrangeté qui émane de son long-métrage. Tour à tour brutale, mélancolique, funny, planante, dark ambientesque, elle rassemble les compositions de différents artistes comme Demonic Disaster, Ascorozo, Nasty Face ou James Bell (réalisateur américain de films comme Tantrum, Nutsack ou The Bliss). Le métrage se clôture d’ailleurs sur une chanson hilarante du chanteur BARNAK (que vous pouvez visionner ici).

Il aura fallu beaucoup de motivation à Patrick Fortin et sa team pour mener à bien ce Carnival of Gore. Un projet placé sous l’égide de l’amitié, de l’entraide et de la débrouille avec seulement 1000$ canadiens de budget (soit un peu moins de 650€). Malgré ces contraintes, Fortin délivre un travail sérieux avec une réalisation brute, efficace, privilégiant des couleurs chaudes du plus bel effet.

Évidemment tout n’est pas parfait, oui certain(e)s figurant(e)s surjouent, oui certains effets spéciaux ne font pas illusion, oui certaines séquences de Carnival of Gore sont difficilement intelligibles. Mais finalement tout cela ne pèse pas lourd tant ce film est attachant, amené par un réalisateur sincère et amoureux du genre. Il faut également saluer l’implication des acteurs principaux, et particulièrement Marilyne Daigneault, une tornade d’énergie qui transmet beaucoup d’émotions dans son rôle.
Carnival of Gore est une oeuvre pertinente, drôle, inventive et qui a souvent plus à dire que bon nombre de métrages infiniment plus friqués.

– Anthony Rct –

Carnival Of Gore
2020 – Canada – 79mn
Réalisation: Patrick Fortin
Genre(s): Horreur, Gore/Extrême, Clown
Acteur(s): Marilyne Daigneault, Hugo Ferland, Jordan St-Louis

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