Pendant un voyage organisé à travers l’Espagne en bus, un groupe de touriste fait une escale à Barcelone. Quand une jeune femme se fera assassiner, ils seront malencontreusement les premiers sur le lieu du crime, découvrant le corps de la victime avec l’oeil gauche arraché. Peu après ce sinistre épisode, c’est au tour de l’un des membres du groupe d’être tué de manière identique. Pour le commissaire Tuleda chargé de l’enquête, il semble clair que ces touristes sont désormais la cible du tueur.  Et si le maniaque était l’un d’entre eux ?

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Réalisateur pour le moins prolifique du cinéma italien des années 70/80, Umberto Lenzi, s’il n’a jamais connu le niveau de reconnaissance de certains de ses illustres compatriotes (comme Dario Argento ou Mario Bava), reste un honnête artisan, non dépourvu d’un certain talent. Fort d’une filmographie d’une 60aine de métrages, dont quelques très jolies succès, en un peu moins de 40 ans d’activité, le bonhomme abordera une multitude de genres au cours de sa longue carrière : l’
horreur, l’aventure, le péplum, le film de pirates, de cannibales, le poliziottesco, et bien sûr, le giallo.

C’est justement à un giallo que nous avons affaire avec Chats rouges dans un labyrinthe de verre, une oeuvre marquant une nouvelle incursion du réalisateur dans un genre qu’il avait déjà visité avec certains de ses précédents films, comme Le Tueur à l’orchidée, Le Couteau de glace ou Spasmo

Avec ses touristes aux prises avec un meurtrier mystérieux, Gatti rossi in un labirinto di vetro reprend consciencieusement les ingrédients du genre : un tueur masqué aux mains gantées commettant ses meurtres à l’arme blanche, un soupçon d’érotisme, et une pincée de violence. Le titre lui-même n’est pas sans rappeler ceux d’autres gialli aux noms tous aussi mystérieux, voir improbables, tels La Mort a pondu un œuf (de Giulio Questi)La Tarentule au ventre noir (de Paolo Cavara), L’Iguane à la langue de feu (de Riccardo Freda), Un Papillon aux Ailes Ensanglantées (de Duccio Tessari), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clef (de Sergio Martino), pour n’en citer que quelques-uns.

Chats rouges dans un labyrinthe de verre s’avère être un giallo on ne peut plus classique, qui ne surprendra guère les habitués du genre, mais qui fera dans le même temps preuve d’une belle efficacité avec son ambiance soignée et son rythme plutôt enlevé.

Lenzi nous plonge directement dans l’histoire, en nous plaçant au coeur de ce bus de touristes en pleine visite de la ville de Barcelone. Interviendra très rapidement le premier meurtre, suivi d’une longue série pendant laquelle nous ferons connaissance des différents protagonistes en vacances sous le soleil d’Espagne. Au sein du groupe hétéroclite, chaque membre aura, tour à tour, l’air du coupable idéal : le prêtre au comportement étrange, le guide touristique semblant prendre un malin plaisir à faire peur aux jeunes filles, ou encore le mari au regard un peu trop lubrique et portant justement des blessures au bras après l’un des meurtres …

Dans ce whodunit, les 2 scénaristes Umberto Lenzi et Félix Tusell alimenteront encore et encore le mystère, multipliant les pièges et les fausses pistes, s’amusant à laisser les spectateurs déplacer leurs soupçons de personnage en personnage. Des méfiances et des doutes qui seront d’ailleurs orientés par le réalisateur, lorsqu’il mettra en exergue des petits détails, des gestes, ou même des regards que les membres du groupe s’échangeront. 

Lenzi déploiera justement dans Chats rouges dans un labyrinthe de verre un symbolisme interessant autour de l’oeil, tour à tour accusateur ou voyeuriste. Plus que le miroir de l’âme, l’oeil dans ce métrage nous questionne sur la perception que nous avons des images, mais aussi sur leurs possibles manipulations, parfois même inconscientes. Il sera également au centre des actes de l’assassin, drapant ses crimes de mystères quant à l’énucléation systématique de ses victimes. 

Obéissant au code du genre la révélation du coupable n’interviendra que dans les toutes dernières minutes du film. Il faut toutefois noter que malgré la multitudes de faux-semblants parsemés par les scénaristes, les indices disséminés ça et là dans leur récit seront nombreux. Les spectateurs les plus aguerris n’auront sans doute pas trop de mal à confondre l’assassin bien avant ce final, qui est, avouons-le, un peu trop expédié.

Le gros point faible de Chats rouges dans un labyrinthe de verre est donc ce scénario qui cède volontiers à la facilité, et qui souvent manque d’enjeu. Heureusement, cette carence d’audace et d’originalité sera compensée par la technique d’Umberto Lenzi qui nous offre une oeuvre visuellement réussie et carrée, composant quelques très belles scènes que viennent souligner les compositions musicales de Bruno Nicolaï. 

Certes, Chats rouges dans un labyrinthe de verre n’a pas les qualités nécessaires pour être considéré comme un classique du genre, mais a tout même de solides arguments pour intéresser son public. Outre la réussite de Lenzi sur la forme -même si le fond manque cruellement d’innovation, mais aussi parfois de cohérence- il faut également compter sur une belle présence à la caméra de Mirta Miller, Ines Pellegrini et la française Martine Brochard, qui se montrent plutôt convaincantes dans leurs rôles respectifs. Le métrage ne rechigne pas à nous montrer un peu de gore, les cadavres laissés par le meurtrier font leur petit effet, l’enquête se suit sans trop de déplaisir et le tout avance à une cadence qui n’appelle pas à l’ennui. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui mérite finalement qu’on y jette un oeil.

– Anthony Rct –

Chats rouges dans un labyrinthe de verre
Titre original: Gatti rossi in un labirinto di vetro
Aka: Eyeball, The Secret killer, Wide-eyed in the dark
1975 – Italie, Espagne
 – 92mn
Réalisation: Umberto Lenzi
Genre(s): Giallo, Thriller
Acteur(s):
Martine Brochard, John Richardson, Ines Pellegrini

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