Fred, un vieil homme irascible et passablement sénile, se rend au centre commercial bien décidé à s’acheter une nouvelle paire de chaussures. Malheureusement son shopping va être compromis par une invasion de zombies provoquée par une contamination de l’eau par un étrange parasite. Armé de son fidèle déambulateur, Fred va devoir affronter une armée de monstres sanguinaires bien décidés à le transformer en repas.

___
“On n’est jamais mieux servi que par soi-même” est un proverbe qui pourrait parfaitement qualifier la démarche de Frank Sudol. Lui qui avait occupé un poste d’assistant-animateur sur le film South Park de Trey Parker en 1999, et sorti 2 courts-métrages d’animation (Psych en 2003, et Rise Zombie, Rise en 2005), eût l’idée en 2006 de sortir son premier long-métrage City of Rott. Sans le moindre budget et avec une bonne dose de débrouillardise et de savoir-faire, le bonhomme se lança corps et âme dans son projet, occupant tous les postes : scénariste, producteur, animateur, réalisateur, monteur, compositeur de la musique et doubleur, également, de tous les personnages.

City of Rott est donc un métrage on ne peut plus personnel, avec un héros aussi original qu’atypique, qui, tout en étalant des tombereaux de tripes et de sang à l’écran, rend un vibrant hommage à tout un pan du cinéma horrifique.

Voir Fred en pantoufle avec son déambulateur, avec qui il entretient de surcroît des conversations, arpenter les rues de la ville de Rott à la recherche d’une paire de chaussures a de quoi, de prime abord, faire sourire, mais ne nous y trompons pas : oui, City of Rott réserve quelques moments assez drolatiques et loufoques (voir un vieillard se transformer en véritable machine à dézinguer du zombie en est un bon exemple), mais c’est avant tout un métrage d’animation adulte qui ne fait preuve d’aucune retenue en matière de violence et de gore.

City of Rott n’est pas le premier métrage d’animation à se montrer visuellement excessif : Urotsukidôji en 1989 de Hideki Takayama, ainsi que sa suite en 1991 -pour ne citer que 2 oeuvres antérieures à celle de Sudol- allaient infiniment plus loin en se montrant clairement explicites et radicaux. En se plaçant sous l’égide du “do it yourself”, City of Rott parvient à tirer parti de son animation somme toute limitée et sommaire, en en faisant une force qui, plutôt que le desservir, ne fait qu’ajouter à son style particulier.

Malheureusement, malgré l’implication de Frank Sudol qui force le respect, son métrage n’est pas exempt de défauts. Passée l’excitation des premières minutes qui semblaient promettre beaucoup pour la suite, son film montre rapidement ses limites. La faute en revient à un scénario lacunaire qui, faute de parvenir à se renouveler, s’enferme dans une redite qui en devient irritante.

En effet, les pérégrinations de Fred vont très vite tourner à une succession de situations répétitives jusqu’a l’overdose : notre héros erre dans les rues, massacres des cohortes de zombies affamés, rencontre des survivants, fait un bout de chemin avec eux, se retrouve à nouveau seul pour x ou y raisons (souvent la mort du dit compagnon), et bis repetita.

Le scénario n’ayant pas suffisamment de matière pour remplir les 77 minutes de City of Rott, il comble le vide par des scènes de carnages et de dialogues bien peu interessantes. Certes le dernier tiers du film tentera de redistribuer les cartes d’une histoire enlisée dans le prévisible en nous faisant adopter un autre point de vue, hélas ce ne sera pas suffisant pour casser la routine confortable dans laquelle City of Rott était déjà installée.

City of Rott, respire la passion, la sincérité et la sueur que son géniteur a mis dedans. Nous tenons la une oeuvre jusqu’au-boutiste, souvent cool, fun et irrévérencieuse, mais qui peine à totalement convaincre. Au-delà de son animation et de ses partis pris visuels -qui ne seront pas du goût de tout le monde c’est certain-, c’est surtout la simplicité de son histoire et son aspect itératif qui ternissent quelque peu l’expérience. On devine pourtant, en filigrane, quelques critiques acerbes envers le conformisme et le consumérisme forcenés de notre monde, mais que Sudol n’explore jamais plus avant. En l’état nous avons là un défouloir zombiesque imparfait car trop superficiel, mais qui mérite tout de même le coup d’oeil, ne serait-ce que pour soutenir le dévouement extrême de son auteur.

– Anthony Rct –

City of Rott
2006 – USA – 77mn
Réalisation: Frank Sudol
Genre(s): Horreur, Zombie/Contaminé, Gore/Extrême, Animation
Acteur(s): Frank Sudol

Translate »