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Un jeune architecte se réveille amnésique dans un monde étrange, presque irréel et semblant échappé à toute logique. Il sera sauvé in extremis de l’attaque d’un monstre par une équipe prévenue de son arrivée et chargée de le prendre en charge. Ses membres lui apprendront qu’il est en fait plongé, tout comme eux, dans un profond coma et qu’ils sont prisonniers de cet univers façonné par leurs souvenirs fragmentaires. Il va devoir tenter de comprendre comment il a pu arriver ici, et surtout trouver un moyen de s’en échapper.
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Depuis un peu moins de 20 ans, la Russie, bien décidée à alimenter ses salles de cinéma avec ses propres productions, tente de concurrencer les USA sur le terrain des blockbusters. L’un des réalisateurs précurseurs en la matière fut Timur Bekmambetov avec son film Night Watch en 2004, un énorme succès au box-office russe. La 20th Century Fox, pensant tenir une opportunité, ira jusqu’à en racheter les droits et s’empressera de le distribuer un peu partout dans le monde avec un marketing agressif. Une première pour un film russe qui ne l’empêchera pas de faire un flop à l’étranger. Malgré cet échec en dehors de ses frontières la Russie continua sur cette lancée : Le 9ème Escadron, Dark Fantasy, La légende de Viy, The Guardians, Salyut-7, Attraction… 

Au fil des années ces films n’ont cessé de voir se perfectionner leurs effets spéciaux -produits pour la plupart par des studios russes- qui aujourd’hui parviennent à tenir la dragée haute à bon nombre de productions étrangères. Coma en est d’ailleurs une parfaite illustration avec cette plongée dans un monde onirique où presque chaque plan a nécessité des effets numériques. Un film réalisé avec un budget inférieur à 5 millions de dollars, mais qui, avec l’univers qu’il déploie, pourrait laisser à penser qu’il en a facilement coûté 20 fois plus.

Le monde de Coma est tout bonnement bluffant, composé des fragments de souvenirs de plusieurs personnes où cohabitent des édifices de différentes villes, jouant avec les règles de la physique et de la gravité. On ne peut, tout de même, s’empêcher de remarquer que l’univers visuel emprunte à celui de Inception de Cristopher Nolan, mais le résultat fourmille d’idées, d’images parfois superbes et de scènes surréalistes. Un travail soigné qui aboutit sur une belle réussite esthétique.

Malheureusement passé les 10 premières très efficaces minutes -nous plongeant dans l’action sans nous fournir d’explication- le film a tôt fait de s’enliser quand il déroulera peu à peu son histoire. Certes l’idée de départ est très intéressante, mais son développement se montre rapidement poussif et atteint très vite ses limites. Avec ce groupe de combattants dans un monde irréel voyant en ce jeune architecte une sorte d’élu capable de les guider vers une terre de paix, Coma donne parfois l’impression d’une relecture maladroite du script de Matrix. Malgré la douce excitation qu’avait procuré l’introduction, semblant promettre beaucoup pour la suite, plus le film avance et plus le soufflé retombe. Les fausses bonnes idées s’enchaînent, le sentiment de déjà-vu se fait parfois sentir, et les incohérences apparaissent rapidement.

Le comble est atteint quand, après 70 minutes de métrage, le film nous impose un twist qui plutôt que  de relancer l’intrigue l’atténuera encore un peu plus. À vouloir réancrer son histoire dans une forme de réalité, ce rebondissement parvient juste à lui ôter tout son côté merveilleux et onirique.

Paradoxalement, malgré ses problèmes quelque peu irritants, la pilule parvient à passer pourvu que l’on ne se montre pas trop exigeant : certaines scènes se montrent très plaisantes, l’ensemble ne nécessite pas une grande réflexion, et la beauté de certaines images fait le reste. Un film qui se montre distrayant donc, même si l’on ne peut que regretter les mauvais choix scénaristiques et le manque d’ambition narratif qui conduit le film à n’être qu’une belle coquille un peu vide.

“La forme plutôt que le fond”, ça n’a jamais été aussi vrai qu’ici, avec ce Coma, où finalement tout est donc mis en oeuvre pour sublimer les effets spéciaux. Ce sont eux les véritables stars du film, dont la mise en avant se fait, aussi, au détriment des personnages : ils ne parviennent pas à pleinement exister, se montrent caricaturaux, et sont trop souvent utilisés de manière purement fonctionnelle. Certains protagonistes du groupe semblent n’être que des éléments en arrière-plan, presque des accessoires dans le décor. Le casting fait son maximum, semble y croire, mais n’arrive pas à compenser ce manque de profondeur dans l’écriture de leurs rôles.

Nous en mettre plein la vue avec Coma semblait donc la véritable mission du réalisateur Nikita Argunov, qui signe ici son premier long-métrage dont il est également co-scénariste avec Alexeï Gravitski et Timofeï Dekine.
Un cinéaste qui, avant de passer derrière la caméra, était justement concepteur d’effets spéciaux numériques et créateur en 2013 de Argunov Studio, une entreprise spécialisée dans les effets visuels ayant travaillé sur quelques gros films russes, dont bien sûr Coma.

Malheureusement Argunov, peut-être à cause de son passif, semble oublier un point essentiel : les effets spéciaux ne sont là que pour être au service d’un film, et non l’inverse ! Ainsi, même s’il fait montre d’un certain talent dans sa réalisation -ses cadres sont précis, l’action est lisible, l’ensemble se montre dynamique- le résultat laisse tout de même un arrière-goût d’esbroufe, mais aussi de gâchis.

Coma à vraiment de quoi laisser dubitatif : un film, encore une fois, visuellement réussi et qui sait se montrer intéressant et parfois efficace, mais dont l’histoire et son développement ne sont jamais à la hauteur de sa bonne idée de départ. Entre grosses ficelles, facilités scénaristiques, et rebondissement hasardeux, Coma finit par décevoir malgré toutes ses belles promesses de départ.

Si Argunov et son équipe avaient autant soigné le scénario que les effets spéciaux, nous aurions tenu là un excellent film. En l’état, Coma se montre plaisant et indéniablement distrayant, mais ne va pas beaucoup plus loin malgré son potentiel.

– Anthony Rct –

Coma
Titre original: Koma
2019 – Russie
 – 111mn
Réalisation: Nikita Argunov
Genre(s): Science-fiction, Action
Acteur(s):
Rinal Mukhametov, Lyubov Aksyonova, Anton Pampushnyy

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