Durant la pandémie du Covid en 2020, un groupe d’amis décide de faire un chat vidéo le soir d’halloween. L’un d’entre eux propose d’utiliser une table de Ouija pour tenter une connexion avec les esprits. Le résultat ne va pas se faire attendre, et la soirée va prendre une tournure étrange et inquiétante.
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Considéré comme un sous-genre du found footage, le “computer screen film” -également nommé “screen life” ou “screen movies”- a connu ses premières heures de gloire à la sortie en 2014 de Unfriended, de Levan Gabriadze, dans lequel l’action se déroulait intégralement sur un écran d’ordinateur, via des conversations sur Skype, des visites sur Facebook et du surf sur internet. Un film qui faisait écho à The Den de Zachary Donohue sorti quelques mois plus tôt, mais aussi au pionnier The Collingswood Story réalisé en 2002 par Mike Costanza. A l’époque, Unfriended divisa énormément, mais connut malgré tout un joli succès pour le plus grand bonheur de ses producteurs : Jason Blum et le réalisateur Timour Bekmambetov (Night WatchDay WatchWanted) via sa société Bazelevs.

Comme souvent dans le monde du cinéma, ce succès fit naitre une suite (Unfriended: Dark Web réalisé par Stephen Susco en 2018) et d’autres productions attirées par une part du gâteau.

Le computer screen film est un genre qui pourrait sembler facile d’exécution mais qui pourtant impose de nombreuses contraintes à cause de son cadre limitant le champ des possibles. Sans un travail un minimum soigné sur le scénario, les personnages et l’ambiance, il sera difficile de passionner le public avec des fenêtres d’applications et quelques conversations video sur internet.

Des problèmes que le réalisateur d’Unfriended avait plutôt réussi à éviter grâce à une utilisation judicieuse des différents programmes et réseaux sociaux : il nous faisait baigner dans un univers familier qu’il détournait pour faire naitre une tension maintenue tout du long.
Chacun est, évidement, libre de son opinion sur ce métrage, mais force est de reconnaitre que Levan Gabriadze allait au bout de son concept et ouvrait des pistes de réflexions intéressantes sur le cyberharcèlement et les rapports humains sur internet.

Un concept que Harvard John, l’homme derrière Ctrl+Alt+Trick/Treat, ne fait lui qu’effleurer du doigt en se focalisant uniquement sur son idée de départ sans en explorer les possibilités. Se déroulant exclusivement sur le logiciel Zoom, Ctrl+Alt+Trick/Treat se montre tellement minimaliste qu’il finit par ne plus ressembler qu’à un simple chat entre amis le soir d’halloween, où le spectateur serait presque un intrus. Une approche qui, entre un scénario lacunaire et des dialogues sans intérêt (pour la plupart improvisés par le casting pendant le tournage), nous plonge rapidement dans une monotonie où l’ennui domine. 

Ctrl+Alt+Trick/Treat se résume donc à 59 très longues minutes de discussions entre 8 protagonistes, entrecoupées de quelques scènes horrifiques, mal amenées et sommaires, qui échouent à provoquer le moindre frisson. Le film ne parvient jamais à décoller, n’inspire jamais la moindre réflexion, et se montre décevant jusque dans son final qui n’apportera aucune réponse.

Sans aller jusqu’à traiter ce métrage de pure arnaque, Ctrl+Alt+Trick/Treat donne tout de même l’impression d’une vaste blague opportuniste fomentée par une bande de potes qui pensait réussir à transformer en film une de leur cession de chat.

Évidement son coté indépendant, tourné avec 0 budget (en 7 jours de sa conception à son montage), pourrait inciter à l’indulgence, mais ce serait faire fi du manque total d’ambition et d’intérêt qui émane de ce projet. Harvard John semble avoir oublié qu’un métrage ne peut se résumer à un concept, mais nécessite également un scénario, une ligne directrice, des personnages, des rebondissements, et un peu de motivation …

– Anthony Rct –

Ctrl+Alt+Trick/Treat
2020 – Royaume-Uni – 59mn
Réalisation: Harvard John
Genre(s): Horreur, Computer Screen Film, Found Footage, Court/Moyen Métrage
Acteur(s): Emma-Kate Barry, Charlie Howard, India Howland

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