Le soir de Noël, les Harrington se rendent en voiture à un repas de réveillon. Toute la famille somnole excepté Franck, le père de famille, qui est au volant. Fatigué et pressé d’arriver, il décide d’emprunter un raccourci traversant une forêt qui semble ne pas avoir de fin. Il fait nuit noire, la route est déserte, quand tout à coup ils croisent une femme, au bord de la route :  l’air hagard, vêtue de blanc, tenant un bébé dans ses bras et semblant en état de choc. Les Harrington s’arrêtent donc pour lui venir en aide, et la font monter dans leur voiture. A partir de là, le voyage va prendre un tout autre tournant…

Dead End, film américain réalisé par des français, est un bon exemple du problème de la production cinématographique dans notre pays : une capacité de prise de risque proche du néant. Tous les projets un tant soit peu originaux ou sortant du standard habituel de nos productions (grosso modo, la comédie ou le drame) vivent au mieux un véritable chemin de croix pour être financés, mais le plus souvent ne trouvent tout simplement pas preneur. En découlent des générations de réalisateurs et de scénaristes frustrés. Certains abandonnent, d’autres finissent par rentrer dans le rang pour pouvoir travailler, une poignée finit par être récupérée par des pays étrangers qui acceptent de les financer.

Les deux réalisateurs de Dead End rentrent dans cette dernière catégorie : Jean-Baptiste Andrea et Fabrice Canepa ont écrit leur scénario en 2000 et ont tenté de le produire en France. Allant de refus en refus, ils ont failli abandonner leur projet. Par chance, en chemin, ils ont croisé le réalisateur et scénariste James Huth qui a eu un vrai coup de coeur pour leur histoire. Il contactera alors une amie d’enfance, Gabriella Stollenwerck, une française installée aux états unis, productrice de films indépendants, qui sera elle aussi emballée par le projet.

Coproduction franco-américaine à petit budget donc, Dead End obtiendra de nombreux prix dans les festivals, et sortira dans beaucoup de pays, sauf en France où il faudra attendre 2007 pour qu’il obtienne les “honneurs“ d’une édition DVD…Dead End est un métrage à la croisée du fantastique et de l’horreur, avec une bonne dose d’humour. Leur film n’est pas sans rappeler certains épisodes de La Quatrième Dimension. Cynique, centré sur ses personnages, l’élément fantastique n’est que le déclencheur de ce qui semble véritablement intéresser nos deux cinéastes : l’éclatement d’une famille paisible, en apparence, mais où règnent mensonges, secrets et non-dits.

Prenant la forme d’un huis clos, faisant l’économie de décor (l’action se déroulant principalement dans la voiture ou sur la route), Dead End parvient à ne jamais être ennuyeux ou répétitif. La tension est bien dosée, les décors sont exploités au mieux, et le suspense parfaitement géré. Le film se permet même de l’humour, parfois dans des scènes dramatique ou tendue, sans que cela ne vienne casser son rythme. L’humour, le plus souvent noir, contraste avec l’ambiance lourde que distille le film sans pour autant l’amoindrir. Un joli exercice d’équilibriste aidé par une réalisation efficace ne cédant jamais à la facilité des effets de peur bas de gamme que l’on voit trop souvent dans le cinéma d’horreur. Très à l’aise derrière la caméra, les deux réalisateurs ont su également tirer le meilleur parti de leur comédiens.

Et justement, parlons du casting : Ray Wise et Lin Shaye y sont absolument excellents.
Ray Wise fait partie de ces comédiens qui en impose, rien que par son regard. Surtout connu pour son rôle de Leland Palmer dans la série et le film Twin Peaks de David Lynch, sa carrière n’a jamais vraiment décollée. Allant d’épisodes de série télé, en second rôle au cinéma, il a toujours réussi à travailler mais sans obtenir une réelle reconnaissance. Il en va de même pour Lin Shaye qui est une actrice, elle aussi, de grand talent et qui n’a jamais vraiment pu le mettre à profit. Certes, depuis Insidious en 2013, elle a réussi à obtenir un peu de reconnaissance  du public et des studios, mais il est regrettable qu’elle ait dû atteindre l’âge de 70 ans pour cela. Casting top, réalisation efficace, scénario interessant, dialogues savoureux, Dead End a tout du petit film qui de prime abord ne paye pas de mine, et qui pourtant réserve bien des surprises. Son atmosphère est vraiment travaillée, ses influences correctement digérées, ses personnages attachants…

Malheureusement, malgré tous ces bon points, le film souffre d’un énorme problème : son final, où tout, absolument tout, nous est expliqué en quelques minutes, sans laissé la moindre zone d’ombre, sans laisser le moindre mystère. Ne parlons même pas du semblant de twist, sans originalité, que n’importe quel spectateur ayant un peu de bagage en matière de fantastique pourra très facilement voir venir. Cette fin n’est pas à la hauteur du film ou de l’ambiance que Jean-Baptiste Andrea et Fabrice Canepa avaient réussi, avec beaucoup de talent, à mettre en place : elle est tout simplement bâclée ET ratée. Malgré ce point négatif, ne boudons pas notre plaisir, et pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, foncez sur ce Dead End !

– Anthony Rct –

Dead End
Année: 2003 ¦ Pays: France, USA ¦ Durée: 80mn
Réalisateurs: Jean-Baptiste Andrea, Fabrice Canepa
Genres: Horreur, Fantastique
Acteurs: Ray Wise, Lin Shaye, Alexandra Holden

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