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Yuki Amamoto s’installe sur une île au large du Japon avec son père et son petit frère souffrant. Si le médecin local leur réserve un accueil chaleureux, les autres habitants semblent ne pas apprécier leur arrivée, et paraissent tous plus ou moins étranges. Très vite, Yuki découvre qu’il y’a bien des années, en 1976, les habitants de l’île ont presque tous disparus au cours d’une nuit. Seul est resté un homme devenu fou qui s’est suicidé peu après. Cet événement inexpliqué semble lié à une étrange tour d’acier surplombant l’île, où trône une mystérieuse sirène contre laquelle Yuki est mise en garde : ne jamais sortir quand elle retentit.
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Si pendant longtemps les éditeurs de jeux vidéos s’assuraient le succès financier en adaptant des films en jeux, le courant s’est très largement inversé au fil des années. Preuve en est que le jeu vidéo est aujourd’hui un média suffisamment reconnu et rentable pour être pillé.
Malheureusement, rares sont les bonnes adaptations de jeux videos au cinéma, et le plus souvent le résultat oscille entre le moyen et le naufrage intégral.
Forbidden Siren est un jeu sorti en 2004 sur la playstation 2, s’inscrivant dans le genre survival horror, un genre qui s’est très largement inspiré du cinéma d’horreur pour plonger les joueurs dans des cauchemars dont ils seraient les héros. Ce titre a connu un énorme succès aussi bien économique que critique, il n’en fallait pas beaucoup plus pour qu’un film s’inspirant du jeu soit mis en chantier et dont la sortie coïnciderait avec le lancement du deuxième opus du jeu, toujours sur la playstation 2.

Mais que peut bien donner un film d’horreur tiré d’une licence de jeux vidéo d’horreur s’inspirant du cinéma d’horreur?
Réponse dans les lignes qui vont suivre.

Forbidden Siren fait partie des jeux qui m’ont réellement marqués. Ce titre avait pour lui d’être profondément immersif avec une ambiance mystérieuse et angoissante, une histoire riche et non linéaire, et surtout une difficulté plutôt élevée.
Aussi, à l’époque, en apprenant l’arrivée d’une adaptation cinéma, échaudé par des précédentes tentatives telles que Mario Bros, Street Fighter ou Double Dragon, j’étais pour le moins dubitatif. Pire, ayant réellement apprécié le jeu, et l’ayant terminé plusieurs fois, j’avais un énorme doute quant à la transition qui allait s’opérer entre une histoire dont j’avais été le héros vers une histoire dont je ne serais que simple spectateur.

Ce film ne s’étant pour ainsi dire quasiment pas exporté en dehors des frontières asiatiques, il m’a fallut attendre quelques années pour réussir à poser les mains sur le DVD japonais et enfin le voir…

Alors oui, Forbidden Siren est incontestablement une adaptation respectueuse de l’univers des jeux, et sur bien des points le film est une réussite, mais ce qui est troublant c’est le contrepied choisi par le réalisateur et son équipe.
Pensé comme un coup marketing qui devait être un complément à la sortie du 2eme opus (le film et le jeu se déroulant sur la même île), il est au final son opposé : Forbidden Siren (le jeu) assumait clairement son coté fantastique et tentait à chaque instant de terroriser les joueurs. Forbidden Siren (le film), lui, prend son temps pour poser une ambiance, étrange certes, pesante indéniablement, mais qui à aucun moment ne fera peur à son public. Le pire étant le dénouement du film qui tente de rationnaliser son scénario, faisant douter le spectateur et remettant en cause tous les évènements dont il a été témoin. Malédiction ou folie? Forbidden Siren ne nous dévoilera pas de réponse définitive, nous laissant seul juge, les deux versions pouvant tenir la route si l’on écarte quelques incohérences malhonnêtes.

Le final tranche de manière abrupte avec le reste du métrage : le film prend le temps de poser ses personnages, de laisser se développer son histoire, de nous plonger petit à petit dans une ambiance de plus plus fantastique où la tension monte crescendo pour, au 3/4 du film, au moment où elle devrait atteindre son paroxysme, la faire retomber comme un soufflé.
Bien étrange choix…
Et même si ce dénouement casse la linéarité du métrage, tout en lui apportant une nouvelle profondeur en abordant des thèmes comme le deuil et la culpabilité, il le fait bien mal et de manière bien maladroite.
Si l’on fait abstraction de ce dernier quart Forbidden Siren est un film efficace même si très classique, et manquant quelque peu d’originalité. 

Heureusement ce classicisme est contrebalancé par le savoir-faire de son réalisateur, Yukihiko Tsutsumi. Connu pour avoir réalisé en 2003 le film 2LDK, mais surtout la trilogie 20th Century Boys (adapté du manga du même nom), le bonhomme est tout sauf un tâcheron à la solde des producteurs. Dans Forbidden Siren il fait montre d’une excellente maîtrise technique : choix des cadres, positionnement de la caméra, utilisation des travelling (dont un travelling compensé du plus bel effet) et des grues, tout ceci concoure à nous placer au coeur de chaque scène.
Les scènes présentant la tour métallique sont un parfait exemple de cette maîtrise, parvenant à nous la rendre menaçante.
Seule ombre à ce joli tableau, la photographie de Satoru Karasawa : terne et ayant un rendu par trop télévisuel, elle gâche un peu la beauté technique du métrage de Tsutsumi.

Le casting livre une bonne prestation, y compris les rôles les plus secondaires, avec en tête Yui Ichikawa pour incarner Yuki. Personnage complexe, à la fois forte, volontaire, naïve et apeurée, Ichikawa apporte une touche de fragilité à son rôle. Cette comédienne, que j’avais déjà croisée dans Ju-on 1 et 2 de Takashi Shimizu, et dans Tokyo Tribe de Siono Sion, est convaincante et parvient à rendre les scènes avec Jun Nishiyama (qui joue son petite frère Hideo) touchantes.

En définitive, Forbidden Siren, en dépit de son dénouement raté, et de son classicisme reste une oeuvre intéressante, qui doit énormément au savoir-faire de son réalisateur. L’ambiance est plutôt bien rendue, et ne trahit pas les jeux vidéos dont il est adapté, tout en sachant s’en démarquer.
Dans l’univers des adaptations de jeux videos au cinéma on pourrait même dire que nous tenons là une presque réussite.

– Anthony Rct –

Forbidden Siren
Titre original: Siren
Aka: Siren
2006 – Japon – 86mn
Réalisation: Yukihiko Tsutsumi
Genre(s): Horreur, Adaptations Jeux Vidéo
Acteur(s): Yui Ichikawa, Leo Morimoto, Naoki Tanaka

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