Dans différents appartements de la ville de Düsseldorf se jouent différentes histoires : les membres d’une famille se réunissent pour une orgie incestueuse riche en protéines, un homme aimant scarifier et bruler des poupées passe à l’acte sur une prostituée, un peintre utilise son propre sang et les excréments de son modèle pour élaborer le tableau parfait, une femme se recouvre le corp de vers et de cafards pour atteindre l’orgasme, une voyante copule avec le cadavre de son mari, un homme en pleine séance masturbatoire fantasme de clowns et de ballons.
__
Le petit monde du cinéma extrême nous a déjà prouvé par le passé qu’il avait beaucoup plus à offrir que des oeuvres se plaisant simplement à étaler du sang et des viscères à l’écran. Des réalisateurs comme James Quinn, Phil Stevens, Karim Hussain, Marian Dora ou Kasper Juhl n’ont pas hésité à sonder l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus ignoble à travers des oeuvres indéniablement outrancières mais pourtant empruntes de profondeur, de beauté, voir même de poésie.

Alexander Fennert, qui signe avec ce Hippocampus M 21th son premier, et à ce jour seul film, adopte une démarche pas si éloignée des réalisateurs précédemment cités. Certes son métrage n’a pas la beauté macabre d’un Flowers par exemple, ou la complexité poétique d’un Dora, mais Fennert parvient à nous livrer une oeuvre sans fioriture qui sait se montrer jusqu’au-boutiste dans son concept. Un métrage singulier, dont la forme n’est, parfois, pas sans rappeler celle du cinéma expérimental.

Dans Hippocampus M 21th, paraphilies, décadence et fétichisme se mélangent pour aboutir à un “cocktail” aussi déviant que trash. Fennert nous plonge dans la noirceur de l’homme et de ses désirs pervers les plus inavouables et amoraux.

Hippocampus M 21th se présente comme une anthologie où chaque segment, totalement indépendant, nous fera rentrer dans un appartement et être le témoin des “jeux” malsains de ses occupants. Le réalisateur nous montre des comportements décadents et amoraux cachés derrière les portes closes des immeubles, comme pour nous dire que l’horreur se tapit même au sein d’un environnement anodin et familier. Malheureusement les différentes parties ne présentent pas toutes le même niveau d’intérêt, un problème récurrent des films à sketches. Le premier segment (la famille incestueuse) et le second (la prostituée) se détachent nettement du lot.
Ce dernier est également le moment le plus sanglant de ce Hippocampus M 21th qui se montre frontal dans ses thèmes mais plutôt sage visuellement.

Il ne semble pas que le but de Fennert était de nous offrir pour ce premier essai un sommet de violence et de gore, mais une oeuvre peut être plus subtile, plus artistique. Malgré l’indigence évidente du budget, le réalisateur soigne au mieux son métrage : certains segments se montrent visuellement élégants, et il insuffle à son film une ambiance étrange bienvenue. Un sentiment qui se voit encore renforcé par l’absence totale de dialogue et son choix d’accompagner ses scènes de musique classique. Les compositions de Rossini, Bach, Tchaikovsky, ou Chopin habillent donc tout du long Hippocampus M 21th, apportant un contraste saisissant : d’un coté il nous fait écouter quelques unes des plus belles réussites de l’humanité quand de l’autre ils nous offre en spectacle ce qu’elle a de plus sale, de plus dépravé, et de plus corrompu.

Évidement tout n’est pas parfait. Malgré toute la bonne volonté de Fennert, le manque d’argent se fait clairement sentir à l’écran : les décors sont pauvres, dépouillés et tous les segments donnent l’impression d’avoir été “shootés” dans différentes pièces d’un même appartement. Ce manque de variété provoque une légère monotonie, peu aidée par le rythme apathique de Hippocampus M 21th. Également, comme vu précédemment, toutes les différentes parties n’ont pas le même niveau qualitatif : à ce titre le dernier segment se montre aussi inutile dans le fond qu’il est bâclé dans la forme. Il est regrettable de clôturer le métrage sur une note finalement déceptive.

Le film de Fennert reste une expérience imparfaite mais intéressante, premier pas d’un réalisateur non dénué de potentiel qui n’a pas pris le chemin de la facilité. Hippocampus M 21th ne devrait être que le premier épisode d’une trilogie, il ne nous reste plus qu’a attendre de voir comment il va transformer l’essai pour les suites.

– Anthony Rct –

Hippocampus M 21th
2014 – Allemagne – 68mn
Réalisation: Alexander Fennert
Genre(s): Déviant/Trash, Sketches/Anthologie, Horreur
Acteur(s): Nikol Brown, Mark Hoffman, Mallory Holloway

Translate »
Nullam quis, nec Donec facilisis ut Curabitur massa amet, non