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À Hanoï sévit un médecin psychopathe cannibale qui parcourt la ville avec son ambulance pour agresser et kidnapper des inconnus. Il emmène ensuite ses victimes dans un restaurant de la chaine KFC, qui lui sert de repère ainsi qu’à son fils, tout autant amateur de chair humaine que lui.
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Ce synopsis n’est vraiment qu’une part infime de ce qu’est l’histoire, on pourrait même dire que nous n’avons la qu’une des histoires que nous présente le film. En effet, KFC est une véritable mosaïque de personnages, un patchwork de bribes de vie liées dans un maelström de violence, de cruauté, et de mort.

Premier long métrage de Le Binh Giang, KFC était à la base un scénario qu’il avait écrit pour un projet de fin d’études. Autant dire que le jury a eu rapidement peur à la lecture de l’oeuvre, et n’a pas prit la peine de réfléchir longuement avant de tout bonnement le recaler. Qu’à cela ne tienne, le jeune homme a prit le temps de réaliser plusieurs courts-métrages dont certains ont obtenu des prix. Environ 3 ou 4 ans plus tard, appliquant l’adage qui dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi même, Binh Giang se décida à produire lui même KFC.

Le moins que l’on puisse dire est que ce métrage fait figure d’exception dans le paysage cinématographique vietnamien. Il y a bien longtemps que les cinéphiles ne sont plus étonnés de voir des péloches extrêmes, folles, ou perverses venant d’Asie, mais généralement les dealers sont plus localisés à Hong Kong, ou au Japon, voir même en Corée du Sud, mais le Vietnam ? Ce pays est plus connu pour ses films dramatiques (Mekong Stories, L’Odeur de la papaye verte, CycloThe Third Wife) que pour son cinéma de genre, et plus particulièrement d’horreur.

Pourtant KFC est bien un film vietnamien, et également un film de genre. On pourrait parler d’un métrage d’horreur dramatique violent à tendance extrême. Le Binh Giang n’a pas vraiment fait dans la retenue : malsain, gore, avec des scènes d’un mauvais goût tout bonnement jouissif, où la déviance et la dépravation se balladent main dans la main sur une route de trash et de sang. En résulte une oeuvre souvent excessive et radicale, dont émane une ambiance presque méphitique : rien n’appelle à des lendemains joyeux dans ce KFC, tout n’est que crasse et folie.

Bien sûr la brochette de personnages que nous fait suivre le film est à l’avenant, normal puisqu’ils sont les architectes de ce cloaque: malhonnêtes, immoraux, brutaux, sordides, abjects, déments. Un pari risqué de la part du réalisateur/scénariste tant il sera compliqué pour les spectateurs de ressentir la moindre sympathie, ou empathie, pour ces êtres.

Le spectacle que nous réserve leurs vies et surtout leurs actes est à réserver à un public averti. Sans aller jusqu’à dresser une liste exhaustive des atrocités que KFC va nous asséner, nous pouvons trouver au menu : du cannibalisme, de la nécrophilie, de la torture (dont un magnifique découpage de langue aux ciseaux), de l’immolation, des viols, des têtes tranchées. Pas vraiment l’archétype du spectacle familial, surtout que le film se plait à nous montrer des scènes parfois nauséeuses, comme celle où le médecin plantera une paille dans le vagin d’une victime pour en boire les menstruations, ou celle d’un gosse en train de déguster un morceau de cadavre, le pénis en l’occurrence.

Mais outre son coté extreme, qui fera sans doute fuir un certain nombre de personnes, c’est aussi son développement et sa chronologie qui risquent d’en interloquer plus d’un. Faisant fi de toute linéarité, Le Binh Giang choisit d’éclater son récit, passant d’une histoire à l’autre et jouant sur la temporalité. La structure, qui pourrait passer justement pour une absence de structure, de KFC c’est cela : mélanger passé et présent sans donner de véritable point de repère, enchainer les différents arcs narratifs sans raccord et laisser le spectateur recoller les morceaux. Et si le scénario n’est pas un labyrinthe d’une immense complexité, il sera bénéfique de visionner le métrage une 2ème fois pour en comprendre toutes les subtilités.

KFC est également un portrait au vitriol du Vietnam par son réalisateur, un pays marqué par une longue guerre contre les USA, un pays conservateur qui s’est malgré tout ouvert à la mondialisation. Un pays où tradition et modernité se croisent sans totalement parvenir à se mélanger, où la jeunesse semble livrée à elle-même, en absence de repère et d’idéal. Un portrait qui semble bien sombre, pourtant Le Binh Giang ne semble pas avoir pour but de faire un film politique ou engagé, peut-être juste de montrer, par l’objectif de sa caméra, le constat qu’il dresse sur son pays.

Un film sans concession donc, désenchanté mais pas déprimant, non dénué d’un certain humour noir, et profondément irrévérencieux. Le Binh Giang signe une première oeuvre forte, maitrisée sur un plan technique et faisant preuve d’une belle efficacité. Il est évident que les parti pris narratifs, et son extrême violence, risquent de désarçonner une bonne partie du public.
KFC est un énorme pavé dans la marre, u
n film qui dans son ton pourrait rappeler certaines oeuvres, toutes aussi scabreuses, comme Ebola Syndrome ou The Untold Story que nous a offert le réalisateur Herman Yau (l’un des dignes représentants de la catégorie III hongkongaise).

Je remercie chaleureusement l’éditeur Spectrum Films pour m’avoir fait parvenir son édition Blu-ray + DVD (que vous pouvez commander sur leur site) qui m’a permis de réaliser cette review.

– Anthony Rct –

KFC
2017 – Vietnam – 69mn

Réalisation: Le Binh Giang
Genre(s): Horreur, Gore/Extrême, Drame, Déviant/Trash

Acteur(s): Ta Quang Chien, Tram Pimrose, Hoang Ba Son

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