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Mary Brady et son fils Charles sont les derniers représentants d’une ancienne race de monstre, plus vieille que les vampires : les félidés. Race agonisante, décadente, les Brady entretiennent des relations incestueuses et leur seul moyen de survivre est de se nourrir de la force vitale d’une jeune vierge. Leurs plus grands ennemis sont les chats car leurs griffures peuvent les tuer. Capables de se métamorphoser pour cacher leur véritable apparence, ils s’installent dans la petite ville de Travis, comptant bien en faire leur nouveau terrain de chasse. Charles a d’ailleurs tôt fait de jeter son dévolu sur une camarade de classe, Tanya.
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Stephen King est un écrivain pour le moins prolifique (une 50aine de romans et plusieurs centaines de nouvelles en plus de 40 ans de carrière), et dont le succès ne s’est jamais démenti. Il fait parti des écrivains les plus lus au monde, il était donc logique que le cinéma s’intéresse à lui. Dès 1976 Brian De Palma réalisera une adaptation de son roman Carrie (sorti 2 ans plus tôt) et son film sera un succès commercial. Dès lors, et comme souvent à Hollywood quand on flaire le bon coup, les adaptations de ses livres et de ses nouvelles vont au fil des années devenir légion. A travers des films, des téléfilms, et même des séries, l’univers de King va être mis en images, avec plus ou moins de succès, et avec plus ou moins de talent…
De grands réalisateurs ont travaillé sur les oeuvres de celui que l’on considère comme l’un des grands maitres de l’horreur littéraire : Brian De Palma donc, mais aussi Stanley Kubrick, George Romero, David Cronenberg, John Carpenter, Tobe Hooper…

Parmi cette “armée” de réalisateurs, deux sortent du lot par le nombre d’adaptations de King dont ils sont l’auteur : Mick Garris et Franck Darabont, deux réalisateurs travaillant avec une approche et un résultat totalement différents.
Darabont réalisant des adaptations classieuses, pour de grands studios, avec des budgets le plus souvent confortables et généralement de très bons résultats au box office : il est l’auteur de films comme La Ligne Verte, The Myst, ou Les Évadés.
Garris quant à lui est un habitué des budgets beaucoup plus modestes, voir des petites productions, et est plus un sympathique artisan de série B qu’un grand réalisateur. Il a d’ailleurs adapté du King aussi bien pour la télévision (Shining ou Le Fléau) qu’au cinéma avec, par exemple, Riding the Bullet ou La Nuit Déchirée qui nous intéresse aujourd’hui.

Deuxième long métrage de Mick Garris, après son Critters 2, La Nuit Déchirée est un scénario original de King, son deuxième après Creepshow.
Vendu uniquement sur le nom de l’écrivain, La Nuit Déchirée sentait le petit film modeste à la démarche opportuniste, pourtant les premières minutes font illusion : la première scène avec cette maison en bord de mer, les policiers aux airs dépassés et choqués, et tous ces chats éventrés et pendus, le tout avec le magnifique morceau Boadicea d’Enya en fond, oui ça le fait carrément et on se prend même à espérer.
Hélas rapidement l’ambiance retombe et la puissance de son introduction ne sera plus jamais atteinte de tout le reste du métrage. Le film redevient alors ce que Garris sait le mieux faire : de la série B correctement mise en boite mais sans la moindre parcelle d’ambition.

Alors oui, Garris, et King puisqu’il est l’auteur du scénario, osent aborder quelques tabous comme l’inceste, mais sans que ça n’ait vraiment quelque intérêt tant cela est survolé et sans véritable impact sur le reste du métrage.
C’est bien là l’un des problèmes de ce film : tous les aspects les plus intéressants du scénario ne sont qu’effleurés du doigt, jamais on ne s’y attardera. Exit le mythe autour des félidés et le pourquoi de leur disparition. Exit les tourments et la solitude de cette famille luttant pour empêcher leur espèce de complètement s’éteindre.
Non, Garris ne s’intéressera véritablement qu’à l’intrigue principale : des monstres et leur victime, avec plein de personnages qui se mettront en travers de leur chemin et qui ne seront en définitive que de la chair à canon.

Malheureusement en évacuant toutes les périphéries qu’implique son scénario, il ne lui reste que le fil conducteur qui est bien trop rachitique pour remplir 90 minutes de métrage. Garris va donc faire durer la première partie de son film, faire du remplissage tout simplement.
A partir du moment où l’héroïne aura compris la vraie nature des Brady une rupture de ton s’opère, et la cohérence des personnages part en vrille. 
Entre deux scènes absurdes Garris noira le poisson avec de la punchline foireuse et quelques scènes gores.

Car oui, le film se montre généreux en effets gores (gentillet le gore, mais tout de même). Nous assisterons ainsi à un magnifique planté de tire-bouchon dans un oeil, ou à un tympan crevé à coup de stylo, entre autres.
Le film se paye également le luxe d’utiliser le morphing pour les transformations des Brady vers leur forme félidée. Cet effet, rendu populaire grâce à son utilisation un an plus tôt dans le Terminator 2 de James Cameron, Garris va en user et surtout en abuser au point de le rendre redondant : morphing sur les visages, morphing sur des voitures, le réalisateur s’amuse comme un petit fou.
Malheureusement l’ultime forme des félidés se résumera à des costumes sentant bon le latex. Autant dire que le contraste avec l’effet morphing se fera énormément sentir. Ces costumes, même si ils sont plutôt bien réalisés au niveau des détails, donnent aux félidés un air figé et pataud, et leurs têtes disproportionnées ne fait pas illusion. Ils ne sont, surtout, jamais mis en valeur par la caméra et l’éclairage. Difficile donc de prendre ces monstres aux sérieux tant le coté “figurant en costume” prête à sourire.

Pour donner un coté plus prestigieux a son métrage Garris utilisera son carnet d’adresse, en témoigne le nombre impressionnant de caméos qui jalonne La Nuit Déchirée : John Landis, Joe Dante, Tobe Hooper, Clive Barker et même Stephen King himself.
Nous aurons également dans des seconds rôles Mark Hamill, Ron Perlman et Glenn Shadix.
Le reste du casting est composé d’habitués du petit écran : les Brady sont interprétés par Brian Krause (acteur surtout connu pour son rôle de l’ange gardien Leo dans la série Charmed) et Alice Krige. Tanya est interprétée par Mädchen Amick, qui était un an plus tôt l’un des personnages de la série Twin Peaks de David Lynch, et qui tourna la même année le film Twin Peaks : Fire Walk With Me.

En définitive La Nuit Déchirée est un film que par nostalgie je pourrais trouver sympathique, je l’avais même vu au cinéma à sa sortie, une époque où le cinéma regorgeait encore de séries B ni excellentes, ni forcement bien réalisées, mais honnêtes et sincères. Malheureusement la nostalgie ne peut pas gommer tous les défauts de ce métrage, et ne peut surtout faire oublier le gâchis de potentiel qu’il représente. Mick Garris n’est pas un grand réalisateur, mais un honnête faiseur, et surtout un vrai fan du cinéma d’horreur. La sincérité et l’honnêteté ne font pas le talent, et même si La Nuit Déchirée démarrait avec les meilleures intentions du monde, la déception l’emporte.
Finalement de Mick Garris je ne retiens surtout que la série des Masters Of Horror dont il est l’instigateur.

– Anthony Rct –

La Nuit Déchirée
Titre original: Sleepwalkers
1992 – USA – 89mn
Réalisation: Mick Garris
Genre(s): Horreur, Adaptations de Stephen King
Acteur(s): Brian Krause, Mädchen Amick, Alice Krige

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