Chatri, un jeune garçon comme les autres mais un peu sensible, est soudainement envoyé en pension par son père, en plein milieu d’année scolaire. Du jour au lendemain il sera propulsé dans un autre monde, plein de règles strictes et d’élèves un peu moqueurs, dirigé par une directrice étrange, dans un pensionnat apparement hanté. Il va alors faire la connaissance d’un camarade, Vichien, et découvrir peu à peu les dessous et les nombreux secrets qu’abrite le lieu.

Ours de cristal au festival du film de Berlin, prix Junior à Cannes. Et pourtant, avec une réponse critique aussi positive, trop peu de gens connaissent l’existence de ce film. Peut être à cause d’un marketing maladroit laissant à penser que nous sommes face à un énième Ring like.

Heureusement, Le Pensionnat est plus complexe que cela. Le film est avant tout un drame, et si le métrage va nous gratifier de quelques scènes d’angoisse qui ne sont pas dénuées de clichés, Songyos Sugmakanan, le réalisateur, va aussi savoir les mettre de coté. En fait, tout le film est structuré de la même façon : il va nous présenter une face d’une médaille, tout en nous rappelant qu’elle comporte une deuxième face.Sugmakanan va nous questionner et nous aidera dans notre réflexion en nous fournissant des indices. Cette structure gigogne parfaitement fluide va nous garder constamment concerné. Les révélations et les découvertes qui vont s’ouvrir à nous vont tour à tour nous faire passer d’une émotion à l’autre. Le Pensionnat nous rappelle que ce qui fait le plus peur, c’est de grandir, de se faire une place dans ce monde d’adultes, mais aussi au sein de ses camarades ou avec le sexe opposé. Des épreuves que nous avons, finalement, tous traversées.

Comme ce film parle de ce qui nous touche tous, et qu’il le fait avec finesse et simplicité, il ne manquera jamais de nous secouer au plus profond de nous-même. Le Pensionnat réussit le tour de force de nous mettre les larmes aux yeux après seulement 10 minutes au compteur, on sait qu’on est en présence de quelque chose de fort, et qu’on ne sera pas au bout de nos surprises. Il saura éviter de nous faire le coup des révélations tarabiscotées, sans logique. Ici, tout sera classe, fin, logique. Chaque acte ou conséquence est lié et parfaitement explicable. Il suffit de connaître, là aussi, les deux faces de la médaille.

L’élément fantastique n’est pas en reste, le surnaturel accompagne le naturel à tout instant. Vers la fin, juste avant l’épilogue, on assistera même à une authentique scène de suspense rondement menée. 

Techniquement le film est léché, filmé avec la retenue adéquate, pour ne pas perdre son spectateur avec des effets trop “cheap”. Le réalisateur va user de différentes façons de filmer -tantôt en caméra à l’épaule, en plan large, en flouté, en clair-obscur, en décadré- pour souligner son propos, pour éviter des dialogues inutiles, et faire appel à nos sens. La musique délicate et discrète accompagne calmement les scènes intimistes, se fait plus stridente pour les quelques scènes de terreur, sans s’imposer de trop. Les effets sonores (le disque rayé, les chiens hurlants, …) sont tout aussi importants et lourds de sens.

Une distribution au diapason est primordiale, et ici le casting aux petits oignons. Considérant que les acteurs au premier plan ont dans les 12-13 ans, ils sont juste parfaits. L’alchimie passe bien, l’humour dont ils peuvent faire preuve est communicatif. Mention spéciale aux 2 jeunes acteurs principaux, Charlie Trairat et Sirachuch Chienthaworn (incarnant respectivement Chatri et Vichien), qui portent le film. Les adultes ne sont pas en reste, leurs blessures profondes en feront trembler plus d’un dans leur fondation.

Bref, Le Pensionnat est un film riche, dont on pourrait parler pendant des heures, qui continue à hanter son spectateur longtemps après la fin de son générique et garde toute sa force émotionnelle en le revoyant une seconde fois. Pour peu que vous baissiez votre garde, Le Pensionnat va rapidement vous passer sous la peau, et entrer dans votre coeur parce qu’il parle tout simplement de ce que l’on a tous vécu : notre douloureux passage à l’âge adulte.
Un chef d’oeuvre.

Le Pensionnat est disponible en DVD chez l’éditeur Wild Side.

– Patrick Lang –

Le Pensionnat
Titre original: Dek Hor
Aka: The Dorm
Année: 2006 ¦ Pays: Thaïlande ¦ Durée: 110mn
Réalisateur: Songyos Sugmakanan
Genres: Horreur, Drame, Fantôme d’Asie
Acteurs: Charlie Trairat, Chintara Sukapatana, Sirachuch Chienthaworn 
Translate »