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Chatri, un jeune garçon comme les autres mais un peu sensible, est soudainement envoyé en pension par son père, en plein milieu d’année scolaire. Du jour au lendemain il sera propulsé dans un autre monde, plein de règles strictes et d’élèves un peu moqueurs, et dirigé par une directrice étrange.
Mais le pire, c’est que le pensionnat semble être hanté…
Il va alors faire la connaissance d’un camarade, Vichien, et on découvrira peu à peu ensemble les dessous et les nombreux secrets qu’abrite ce vieux pensionnat.
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Ours de cristal au festival du film de Berlin, prix Junior à Cannes. Et pourtant, avec une réponse critique aussi positive, trop peu de gens connaissent l’existence de ce film. C’est peut-être dû au fait que le film a été mal vendu. Quand on voit la jaquette du DVD, ou quand on lit les résumés, on peut facilement penser à un nouvel ajout au genre horrifique asiatique très en vogue à l’époque (merci Ring). Heureusement, c’est plus compliqué que ça.

En effet, même si le film commence comme le drame qu’il est, une fois au pensionnat, le réalisateur va nous gratifier de quelques scènes d’angoisse qui ne sont pas dénuées de clichés, c’est un peu fait exprès. Mais il va de nouveau s’en éloigner, car ce n’est pas le propos du film. En fait, tout le film est structuré de la même façon : il va toujours nous présenter une face d’une médaille, cependant nous savons tous qu’elle comporte une deuxième face.

En effet, le réalisateur va s’empresser de nous poser pleins de questions, auxquelles il va s’efforcer de répondre tout au long du film, ou nous aidera dans notre réflexion en nous fournissant des indices.
Cette structure gigogne parfaitement fluide va nous garder constamment concerné. Les révélations et les découvertes qui vont s’ouvrir à nous vont tour à tour nous faire frissonner, nous faire pleurer, nous étonner, nous faire rire, …nous faire passer d’une émotion à l’autre, pour simplement nous montrer que le monstre caché sous le lit n’existe que dans notre esprit. Ce qui fait le plus peur, c’est de grandir, de se faire une place dans ce monde d’adultes, mais aussi au sein de ses camarades ou avec le sexe opposé. Tout ce qui peut concerner un jeune adolescent, toutes ces épreuves que nous avons traversées nous aussi.

Comme ce film parle de ce qui nous touche tous, et que c’est fait avec tant de finesse et de simplicité, il ne manquera jamais de nous secouer au plus profond de nous-même. Quand un film qui réussit le tour de force de nous mettre les larmes aux yeux après seulement 10 minutes au compteur, on sait qu’on est en présence de quelque chose de fort, et qu’on ne sera pas au bout de nos surprises. Bien sûr, il saura éviter de nous faire le coup bon marché des films à la sauce Saw, qui alignent les révélations tarabiscotées, sans logique. Ici, tout sera classe, fin, logique. Chaque acte ou conséquence est lié et parfaitement explicable. Il suffit, comme je le disais, de connaître les deux faces de la médaille.

Il faut ajouter que l’élément fantastique n’est pas en reste, le surnaturel accompagne le naturel à tout instant. Vers la fin, juste avant l’épilogue, on assistera même à une authentique scène de suspense rondement menée. Par souci de ne rien spoiler, je m’abstiendrais volontiers de trop vous en parler.

Passons maintenant à l’aspect technique du film. Je parlais de finesse dans le propos, et bien c’est tout aussi vrai pour le côté formel. C’est léché, filmé avec la retenue adéquate, pour ne pas perdre son spectateur avec des effets trop “cheap”.
Le réalisateur va tout de même user de différentes façons de filmer, tantôt en caméra à l’épaule, en plan large (Chatri voyant ses camarades jouer au football, comme s’ils étaient dans un cadre dans le cadre, appartenant à une autre dimension, soulignant encore plus l’isolement), en plan serré (les scènes d’angoisses), en flouté, en clair-obscur, en décadré. Mais c’est uniquement pour souligner le propos, pour avoir à éviter de faire parler pour ne rien dire, et plutôt pour faire appel à nos sens, cependant sans exagérer le résultat.

Le point culminant étant cet enfant se noyant dans le vide d’une vieille piscine abandonnée, qui ne manquera pas de faire fondre en larmes les plus endurcis d’entre vous, parfait mariage d’une technique irréprochable et d’une émotion littéralement palpable.

La musique délicate et discrète accompagne calmement les scènes intimistes, se fait plus stridente pour les quelques scènes de terreur, sans s’imposer de trop.
Les effets sonores (le disque rayé, les chiens hurlants, …) sont tout aussi importants et lourds de sens.

Une distribution au diapason est primordiale pour ce genre, et le casting aux petits oignons. Considérant que les acteurs au premier plan ont dans les 12-13 ans, ils sont juste parfaits. L’alchimie passe bien, l’humour dont ils peuvent faire preuve est communicatif. Mention spéciale aux 2 jeunes acteurs principaux, Charlie Trairat et Sirachuch Chienthaworn (incarnant respectivement Chatri et Vichien), qui portent le film.
Les adultes ne sont pas en reste, leurs blessures profondes en feront trembler plus d’un dans leur fondation.

Bref, avec un film aussi riche, on pourrait en parler pendant des heures, et même après la vision, il continue de nous hanter encore quelques temps ; et on aimera s’y replonger régulièrement.
Je peux vous assurer qu’après l’avoir visionné plusieurs fois, il garde toute sa force émotionnelle, et le plaisir reste intact.

J’espère avoir éveillé votre curiosité. Et pour peu que vous baissiez votre garde, Le Pensionnat va rapidement vous passer sous la peau, entrer dans votre coeur et votre cerveau. C’est le genre de film qui ne vous quitte plus. S’il se trouve dans votre collection, il vous accompagnera tout au long de votre vie de cinéphile, parce qu’il parle tout simplement de ce que l’on a tous vécu : notre douloureux passage à l’âge adulte.
Un chef d’oeuvre.

– Patrick Lang –

Le Pensionnat
Titre original: Dek Hor
Aka: The Dorm
2006 – Thaïlande – 110mn
Réalisation: Songyos Sugmakanan
Genre(s): Horreur, Drame, Fantôme d’Asie
Acteur(s): Charlie Trairat, Chintara Sukapatana, Sirachuch Chienthaworn 

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