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Quatre amis partent en virée en pleine nature pour fêter l’obtention de leur diplôme. Histoire de faire ronronner un peu le 4×4, ils décident de forcer l’entrée d’un parc privé. Malheureusement, en chemin ils écrasent un bébé grizzli, dont la maman, qui n’était pas loin, va leur faire payer l’acte.
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Dans la vie il n’est point de hasard : quand, en fouillant le bac DVD d’une solderie, je suis tombé sur Les Griffes de la Forêt soigneusement rangé entre un énième Steven Seagal tourné en Tchétchénie et une production The Asylum, j’aurais dù y voir un signe.

Oui mais, un nom inscrit au dos de la boîte a attiré mon attention : David DeCoteau.
Au cas où vous ne connaîtriez pas le bonhomme, les présentations s’imposent : DeCoteau est un réalisateur, producteur, américano-canadien, spécialisé dans le film d’horreur, sachant “torcher” un film en un minimum de temps et surtout un minimum de budget. L’homme a une filmographie impressionnante, alignant presque 120 films en 30 ans de carrière, et en bon touche-à-tout, il est également scénariste et directeur de la photo sur certains.
Véritable stakhanoviste du film fauché distillant une ambiance homo-érotique, il est connu pour ces castings composés majoritairement de jeunes éphèbes, qu’il se fait un plaisir de filmer torse-poil même quand le sujet du film ne s’y prête pas. Là où son cas devient intéressant, c’est que malgré ce travail à la chaîne, l’homme n’est pas dénué de savoir-faire: il sait soigner la photo et le cadrage de la plupart de ses productions, même les plus foireuses. Entendons-nous bien, ce n’est pas Polanski, mais dans le monde de la série-B-sans-le-sou gouverné par des tâcherons, DeCoteau passe presque pour un réalisateur talentueux.

La plupart de ses films sont de vrais plaisirs coupables : scénarios foutraques, osant tout et surtout n’importe quoi, “acteurs” à la ramasse, dialogues débiles. C’est drôle, souvent involontairement, et ça a le mérite de ne pas se prendre trop au sérieux, un peu comme les productions de la Troma ou de Full Moon (dont l’excellent Puppet Master III). Malheureusement, dans la carrière de tout réalisateur il y a des hauts et des bas, et chez DeCoteau les hauts ne sont jamais très haut et les bas peuvent être très très bas.

Grizzly Rage (Les Griffes de la Forêt, donc, en France) est un film d’attaque animale, un genre rendu célèbre par des films comme Les Oiseaux d’Hitchcock ou Les Dents de la Mer de Spielberg.

Reposant sur un scénario ultra convenu, mais qui sur la même base nous a déjà offert quelques chefs-d’œuvre (reprendre les deux exemples cités quelques lignes plus haut). Le problème ici c’est le développement : il n’y en a tout simplement pas. La mort de grizzli junior et la première attaque de sa mère marquent aussi la fin du scénario, le reste du film se résumant à une partie de cache-cache et à “viens là que je te tue” entre le grizzli et nos quatre étudiants tellement stupides qu’on en arrive à se demander comment ils ont obtenu leur diplôme.

Rien ne viendra casser la linéarité de l’histoire, rien ne viendra relancer son intrigue.
Il ne nous reste plus qu’à subir le peu que le film a à nous offrir : dialogues insipides, incohérence de chaque instant, comportements débiles des personnages (notamment une scène, où pour piéger le grizzli, un des étudiants se met en boxer avant de grimper à un arbre, sacré David !). Le film ose même réutiliser le poncif éculé du téléphone portable qui ne capte pas de réseau.
Inutile d’espérer que le film sera plus généreux en joyeux campeurs déchiquetés à grands coups de pattes: les quelques scènes d’attaques sont astucieusement censurées par des gouttes de sang en CGI venant frapper l’objectif de la caméra, autant dire que l’on ne verra tout simplement… rien. Le plus regrettable est l’absence totale d’interaction entre la bête et les acteurs: ils ne seront jamais dans le même cadre, juste un “habile” passe-passe de montage nous en laisse l’illusion.

Je ne m’étendrais pas sur le jeu des acteurs -entre regards dans le vide et sourires niais- ils font de leur mieux, étant données leurs capacités. L’écriture et le développement des personnages sont de toutes façons aux abonnés absents. Ils ne sont que des coquilles vides dont on n’apprendra rien, dont on se moque, et pire encore, dont les actions représentent un plus grand danger pour eux-mêmes, que la bête qui les prend en chasse (preuve en est la scène de l’accident de voiture, non pas provoqué par le grizzli mais par leur propre stupidité).

Produit pour la télévision, voilà un film fait à la va-vite avec pour seule ambition de faire au moins cher et qui part de rien pour aboutir à pas grand chose. Dans Les Griffes de la Forêt, il n’est à sauver que quelques plans, quelques éclairages bien fait, un montage plutôt dynamique.
Tout cela est bien peu, et surtout noyé dans un océan de médiocrité et d’ennui. Un mauvais film, mais surtout un mauvais DeCoteau, parmi les pires du bonhomme qui a pourtant quelques oeuvres bien sympathiques à son actif.

– Anthony Rct –

Les griffes de la forêt
Titre original: Grizzly rage
2007 – Canada – 86mn
Réalisation: David DeCoteau
Genre(s): Horreur, Animaux & Insectes
Acteur(s): Tyler Hoechlin, Kate Todd, Graham Kosakoski

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