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Carrère, chef d’entreprise, est condamné à la prison suite à diverses malversations financières et se retrouve dans la même cellule que Marcus, un transsexuel adepte de la gonflette, Pâquerette, un malade mental, et Lassalle, un intellectuel. Persuadé au départ qu’il sera très prochainement libéré sous caution il n’essaye pas vraiment de s’intégrer avec les codétenus.
Un jour, derrière une pierre de la cellule, il découvre un vieux livre rempli de formules de magie noire, écrit par un certain Danvers, tueur en série obsédé par la peur de vieillir. Carrère finit par en prononcer une, occasionnant des phénomènes étranges.
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À l’orée des années 2000, Olivier Delbosc et Marc Missonnier, patrons de Fidélité Productions, étaient les heureux producteurs des premiers films de Francois Ozon, réalisateur alors en pleine ascension.
Enthousiasmés par le succès de Scream et de sa suite, ils se disent qu’il n’y a pas de raison qu’un slasher à la française ne puisse pas lui aussi fonctionner. Parmi les courts métrages de leur catalogue déjà bien fourni, l’un se détache du lot : Opus 66 du réalisateur Lionel Delplanque, lauréat du Grand Prix du court-métrage au festival de Gerardmer en 1998. Ni une ni deux, les deux comparses se disent qu’ils ont là le bon candidat pour leur projet et lui confit un budget pour écrire et tourner Promenons-nous dans les bois. Le film sortira en juin 2000 et malgré des critiques catastrophiques il sera un succès.
Delbosc et Missonnier décident alors de créer le label Bee Movies qui verra naître cinq films obéissant au même cahier des charges : des films de genre (horreur, fantastique, etc) avec un budget serré (autour de 1 million d’euros chacun) et un réalisateur débutant ou peu connu aux manettes.
 Après Promenons-nous dans les bois, suivront Un Jeu d’enfants en 2001, Samouraïs et Bloody Mallory en 2002, et enfin Requiem et Maléfique en 2003.

Le label s’éteindra après la sortie de ce dernier, le succès des débuts n’étant plus vraiment au rendez-vous. L’héritage Bee Movies se résume donc à ces six titres à la qualité pour le moins aléatoire, et si j’aurais peut-être plus tard l’occasion de vous parler des autres métrages du label, je vais commencer aujourd’hui par le seul représentant véritablement digne d’intérêt selon moi, Maléfique.

En 2003, Fidélité Productions était à la recherche d’une nouvelle idée de long métrage et d’un nouveau candidat pour la réaliser. Ils trouveront l’idée grâce à François Cognard, co-fondateur du magazine Starfix, qui avait écrit un petit scénario nommé Exit. Pour la réalisation ensuite, ils proposeront le projet à Éric Valette, après avoir vu ses différents courts métrages.
Avec l’aide des scénaristes Alexandre Charlot et Franck Magnier, Éric Valette développera l’idée d’Exit, qui n’était que la base pour un court métrage, et en fera le scénario d’un long métrage : Maléfique.

Huis clos carcéral se déroulant presque exclusivement dans la même cellule avec les mêmes quatre protagonistes, Maléfique avait tout du scénario casse-gueule, mais en parfaite adéquation avec son budget limité : un seul décor, un nombre limité d’acteurs, voila qui est parfait pour tourner à l’économie.
Éric Valette arrive à éviter la plupart des écueils de ce type de scénario, gérant la montée en tension de son film et parvenant à garder l’attention de son spectateur.

Adoptant une réalisation efficace et sans fioritures, Valette ne cherche pas à surprendre par sa technique, mais va au contraire à l’essentiel, arrivant même à tirer partie de son décor exigu pour apporter à l’atmosphère de son film. Maléfique courait, entre d’autres mains, le risque de devenir répétitif et ennuyeux.

Le réalisateur va donc poser sa caméra dans cet espace confiné, presque coupé du monde, et prendre plaisir à observer les relations entre chacun de ses protagonistes.
Des personnages qui auraient pu devenir facilement des stéréotypes sans le talent évident des acteurs.
À ce titre, il me semble juste de féliciter Clovis Cornillac (Marcus dans le film) qui livre une excellente prestation malgré un rôle qui avait le potentiel pour sombrer dans le ridicule.
Le reste du casting est également très bon, que ce soit Gérald Laroche (Carrère) dans son rôle de chef d’entreprise véreux persuadé qu’il pourra acheter sa libération, ou Philippe Laudenbach (Lassalle), inquiétant, manipulateur, qui marque l’écran de sa présence avec pourtant très peu de lignes de dialogues. Seul Dimitri Rataud (Pâquerette) peine un peu à convaincre avec son personnage plus agaçant qu’intéressant, et dont la véritable fonction semble être de servir de vecteur comique.

C’est peut-être l’un des problèmes de Maléfique : vouloir introduire de l’humour quand cela n’est pas utile, conduisant parfois à un contraste très net avec le côté sombre ou fantastique du film.
Le parfait exemple de cette rupture est l’arrivée du personnage de Hippolyte Picus qui intervient après une scène qui se voulait tragique. Ce personnage ressemble d’ailleurs selon moi à une tentative de grappiller quelques minutes de métrage.

C’est là un autre problème de Maléfique : le matériau de base pour ce film était un scénario de court métrage, et à la vision du film, malgré toutes ses qualités, cela se sent. Oui les scénaristes et le réalisateur ont tenté de développer au mieux le pitch de Cognard, et y sont partiellement arrivés, mais l’ensemble ne fait pas toujours illusion.
Beaucoup de scènes, de dialogues, de situations sentent le remplissage : quand il y’a de la matière pour 30 minutes, il n’y en a pas forcement pour 86.

C’est d’autant plus dommage qu’expurgé de tous ses ajouts malvenus, ou inutiles, Maléfique aurait pu être un court métrage fabuleux.

Malgré ses maladresses, Maléfique reste une très chouette série B, plutôt bien maîtrisée, bien interprétée, pas prétentieuse, avec une histoire intéressante et des dialogues très savoureux.
On ne peut que saluer son travail, ce film faisant partie du club très fermé des réussites du cinéma de genre français.
Cocorico !

– Anthony Rct –

Maléfique
2003 – France – 86mn
Réalisation: Éric Valette
Genre(s): Fantastique, Horreur
Acteur(s): Gérald Laroche, Philippe Laudenbach, Clovis Cornillac

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