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Une jeune femme, Dani, assiste impuissante au suicide de sa soeur instable, qui emmène ses parents avec elle. Encore traumatisée, elle apprend que son petit ami Christian, décide de partir avec ses amis étudiants en voyage en Suède sur l’invitation de Pelle, pour écrire une thèse sur la vie d’une petite communauté vivant en autarcie. L’occasion de changer d’air est trop belle, elle décide de les accompagner. Bien sûr, rien n’est jamais comme il paraît, et les rituels dans ce petit village accueillant de prime abord deviennent de plus en plus étranges, jusqu’à atteindre le sommet de l’horreur. Le groupe d’amis n’est pas au bout de ses surprises…
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Deuxième film d’Ari Aster, Midsommar a été mis en chantier tout de suite après avoir bouclé Hérédité, sorti en 2018, qui semblait avoir divisé les amateurs d’horreur. C’est un laps de temps très court, mais ce nouveau métrage semble être réfléchi, et le rythme est plutôt languissant, posé. Aster prend tout son temps pour installer les bases de son histoire, en commençant par le suicide de la soeur et la mise à mort des parents, il nous montre aussi dès le départ que la relation entre Dani et Christian est compliquée. On accompagne le groupe dans leur voyage, l’arrivée au village, la découverte des moeurs et des rituels bizarres…

Différentes étapes où Dani est constamment confrontée à ses blessures intérieures, mollement soutenue par Christian et le groupe. C’est donc quasiment seule et coupée du reste de l’humanité qu’elle va peu à peu se rapprocher de ces païens trop accueillants pour être honnêtes. Elle va encore être confrontée à ses démons quand Pelle et les villageois vont mettre en oeuvre ce qu’ils appelent la fin du cycle, un rituel.

Pendant les 80 premières minutes du métrage, Aster et sa talentueuse équipe peuvent se vanter d’avoir posé des bases solides :
La musique, principalement composée de notes longues aux instruments à cordes, rajoute au sentiment de malaise, toujours sans brusquer le spectateur.

Les effets spéciaux sont rares mais très efficaces, ils prennent littéralement aux tripes.
Les somptueux décors sont à couper le souffle. Le soleil qui ne se couche presque jamais finit d’installer une atmosphère toute particulière, vraiment réussie. L’ambiance est un des bons points de Midsommar, rien à redire de ce côté là.

Malheureusement, la scène du rituel marque le point culminant de Midsommar, et tout ce qui va suivre désormais va baisser en intensité.
Des situations de plus en plus rocambolesques vont malheureusement installer une distance entre le film et le spectateur, distance qui ne va cesser de s’accroître jusqu’au point où on va se retrouver à rire du grotesque grandissant avec un rythme déconcertant.
On se retrouve à se taper la main sur le front tellement tout va partir dans tous les sens, comme si le réalisateur avait perdu le contrôle de son oeuvre.

Les incohérences vont s’accumuler, l’attitude nonchalente de nos jeunes Américains face aux évènements de plus en plus fous vont achever de ternir un métrage qui avait pourtant commencé de façon plutôt magistrale.

Le casting, même si il n’est pas foncièrement mauvais, contribue malheureusement à enfoncer le film définitivement. Il souffre d’une écriture paresseuse et incohérente, voire carrément énervante.

Tout d’abord Mark (Will Poulter), le “fêtard” du groupe : on a jamais vu un fêtard aussi peu fêter. Lui qui voulait aller en boîte et lever des gonzesses, va passivement rejoindre le décor en arrière plan, pour ensuite se faire enlever devant les yeux de ses camarades.
On ne le reverra plus, ce qui ne semble inquiéter personne.

Ensuite vient Josh (William Jackson Harper), qui est le seul à vraiment s’intéresser à ces gens, et à travailler sur sa thèse. Nous avons là un acteur très solide, il est fort dommage que son personnage ne soit pas plus développé.
Bien sûr, lui aussi va disparaître quand il voudra s’emparer d’un ouvrage sacré pour faire des photos. D’ailleurs, cette bible ne refera plus surface, et on ne saura jamais ce qu’elle est devenue…

Nous avons Pelle (Vilhelm Blomgren), qu’on identifie facilement comme un rabatteur. Il va aussi s’effacer un peu, et reviendra uniquement sur le devant pour incessamment justifier les actes bizarres de sa “famille”, ou pour mettre le doute chez Dani en lui faisant des avances amoureuses.

Christian (Jack Reynor), qui passe son temps à froncer des sourcils, finira par s’éloigner de Dani, mais ont-ils jamais été proches ? Tout le monde connait la réponse, sauf Dani. C’est certainement un des personnages les plus énervants, et le spectateur se surprendra à applaudir à son sort.

Les villageois ne sont qu’une caricature de hippies : cheveux clairs, habits légers blancs, barbes abondantes, grandes prêtresses, gourous charismatiques, les jeunes filles sont souriantes et avenantes, les hommes travaillent dans les champs. On ne retiendra quasiment aucun prénom (le Suédois n’aidant pas…), certains vont avoir un petit dialogue et puis s’en vont. Ils ne sont que là pour faire leurs rites sans queue ni tête, c’est tout.

Gardons le meilleur (hum) pour la fin : Dani (Florence Pugh), sosie de Chloé Grace Moretz, qui passe 80% de son temps à pleurnicher. D’accord, elle a perdu ses parents et sa soeur, mais à un moment donné il faut dire stop !
Je vous renvoie vers la performance magistrale de Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin, qui montre comment on joue la dépression avec justesse. Pugh se contente de tirer la tronche, ou de grimacer en versant des larmes tout le temps. Là aussi, cela devient très vite insupportable.
On peut lire çà et là qu’elle est la révélation de Midsommar ?! Une révélation avec seulement 2 cordes à son arc, c’est maigre.

Toute cette galerie de personnages imparfaits ne suffisant pas, le réalisateur va faire partir son film à vau-l’eau. S’il avait maintenu le cap de la première partie, très réussie, on serait vraiment en présence du chef d’oeuvre annoncé.

Faisons une liste non exhaustive (et avec quelques spoilers) de ce qui ne va pas dans la deuxième partie du film, après ce fameux rituel de la falaise.

Déjà, cette cérémonie des plus macabres ne va pas empêcher notre groupe de rester au village, le trauma étant rapidement oublié. Il y a bien l’autre couple qui veut s’en aller (ah, quand même, une réaction !) : Le gars disparaît, la fille juste après. Quelques dialogues très mous, et on passe à autre chose. Tout est normal.

On fait boire et manger des choses étranges à nos amis, une petite question, un haussement des épaules et c’est bon. La suite !

Après avoir blasphémé, Josh quitte la table du diner en compagnie d’une villageoise. Fin de son histoire. La suite !

Dani, bien consciente qu’elle perd Christian, se rapproche un peu de Pelle. Elle va surprendre Christian en plein adultère mais le spectateur s’en moque vu que ce couple bat de l’aile depuis le début du film.
Et que dire de la scène d’accouplement de Christian avec une autochtone rousse, en présence de vieilles femmes nues mimant l’acte, et où la mère de la jeune demoiselle rassure sa fille pendant qu’une vieille dame pousse les fesses  de Christian pour qu’il arrive à ses fins. On s’enfonce encore plus dans le grotesque quand Christian va tenter de s’échapper tout nu à travers champs. Sans parler du sort qui lui est réservé (la peau d’ours, ri-di-cu-le !).

Bref, vous l’aurez compris, tout ce qui a été construit, est détruit. Toute la sympathie qu’on pouvait éventuellement avoir pour les personnages, s’estompe. Les efforts, réussis, de mise en scène sont mis à terre par une écriture calamiteuse, des incohérences, des péripéties aléatoires, des rituels involontairement rigolos (ah, ces respirations…).

Une volonté de faire de Midsommar un film d’horreur “trippant”, lent et spécial ne suffit pas à transcender le genre. C’est un exercice périlleux, et une écriture parfaite est indispensable.

Reste un début solide, une cérémonie de suicide gorasse anthologique, un beau concours de danse rappelant un peu Suspiria (version 2018), des décors magnifiques, une musique angoissante et un soleil de plomb qui viennent soutenir l’atmosphère pesante.
On en ressort malheureusement avec un goût amer, quand on pense qu’avec un peu de retenue on obtenait peut-être un chef d’oeuvre.
On compare souvent Midsommar à The Wicker Man, c’est bien peu flatteur pour l’oeuvre maîtresse de Robin Hardy, qui avait su mieux gérer et maîtriser son sujet.

– Patrick Lang –

Midsommar
2019 – USA – 147mn
Réalisation: Ari Aster
Genre(s): Folk Horror, Secte, Horreur
Acteur(s): Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren

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