Un homme se baladant dans les bois trouve le cadavre d’une femme. Si son premier réflexe est de contacter la police, il abandonne vite l’idée et décide de ramener le corps chez lui, où, cédant à ses pulsions, il aura des relations sexuelles avec. Cet acte va faire remonter chez lui des visions de son passé: une mère qui ne savait que le persécuter et une ancienne compagne qui prenait plaisir à l’humilier. Consumé par ses démons, l’homme sombre  peu à peu dans la folie.

La nécrophilie n’est pas un thème souvent abordé au cinéma. Certes, quelques films parlent de cette paraphilie, mais le plus souvent en surface, se contentant de l’utiliser comme un élément du scénario (J’aimerais pas crever un dimanche de Didier Le Pêcheur, Deadgirl de Marcel Sarmiento). Sujet tabou par excellence, il n’y a guère que dans le cinéma un peu plus underground que nous pouvons trouver une poignée d’oeuvres ayant une démarche plus frontale, plus “sérieuse”, osant repousser les limites de la morale, n’ayant pas peur de choquer. Je pourrais citer le court métrage Aftermath de Nacho Cerdà, ou bien le maître étalon du genre pour beaucoup : Nekromantik de l’allemand Jorg Buttgereit, ainsi que sa suite Nekromantik 2.

Première long-métrage du réalisateur Tom Heidenberg, et produit par Thomas Binder (le patron de Blacklava), Necrophile Passion semblait plein de promesses, malheureusement…Découpé en six chapitres (nécrologue – douleurs – isolation – amour – haine – conséquences), nous suivons la descente aux enfers d’un homme mal dans sa peau et dans sa tête. Enchaînant les allers-retours entre son passé et son présent, Heidenberg nous montre ce par quoi est passé cet homme pour expliquer, et non excuser, le pourquoi de ses actes.

Alors oui, il faut reconnaitre que le réalisateur n’a pas cédé à la facilité en s’interessant à la psychologie de son protagoniste, et en refusant de faire un film seulement voyeuriste qui enchainerait les scènes de sexe avec des cadavres mais il n’en fait en définitive pas assez et le résultat se montre trop souvent superficiel. Bien sûr, Necrophile Passion comporte son lot de scènes un minimum graphiques, et de la nudité plutôt frontale, mais l’ensemble manque de profondeur. Heidenberg se montre, de plus, bien trop avare en gore, c’est d’autant plus dommage que les effets spéciaux sont plutôt bons et auraient mérité d’être mis plus en avant.

“Le ni trop, ni trop peu“ est un numéro d’équilibriste délicat, Nekromantik était, à ce niveau, réussi, Necrophile Passion, lui, est un échec. La grosse différence entre les deux : Buttgereit a su insuffler à son film une chaleur, une âme…une ambiance tout simplement. Dans Necrophile Passion tout fait artificiel, comme vide, froid, stérile.Et la prestation des comédiens est à l’avenant: Günther Brandl ne parvient pas à nous transmettre suffisamment d’émotion. Malgré la sympathie de votre serviteur pour le bonhomme et pour sa boîte Brandl Pictures (où il oeuvre, avec des membres de sa famille, à la production et à la réalisation de films, souvent de genre), force est de reconnaitre que sa prestation, ici, manque de conviction alors qu’il nous avait pourtant habitué à bien mieux dans d’autres films. Katharina Buchberger (une habituée des productions Brandl) n’est guère plus convaincante dans le rôle de l’ex-compagne, surjouant la plupart de ses scènes.

Shooté presque intégralement dans un deux pièces + cuisine d’une quelconque bourgade allemande, l’économie se fait clairement sentir à l’écran. Necrophile Passion est, en plus, peu aidé par une photo trop numérique et sans charme qui achève de nous prouver l’indigence de son budget. D’autres réalisateurs ont su composer avec un budget minimaliste sans que cela se ressente à chaque seconde de leurs métrages (au hasard…Nekromantik, la comparaison entre ces deux oeuvres est inévitable).

Finalement, avec Necrophile Passion le ramage ne se rapporte définitivement pas au plumage. Le film échoue sur presque tous les plans : jamais vraiment choquant, ou malsain, pas extreme ni vraiment gore (malgré quelques jolis effets). N’est pas Buttgereit qui veut…

– Anthony Rct –

Necrophile Passion
Année: 2013 ¦ Pays: Allemagne, Autriche ¦ Durée: 51mn
Réalisateur: Tom Heidenberg
Genres: Horreur, Gore/Extrême, Nécrophilie, Court/Moyen Métrage, Déviant/Trash
Acteurs: Günther Brandl, Katharina Buchberger, Eldrid Remy

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