Frank, un réalisateur, se rend au Kosovo pour superviser la finalisation de son nouveau film. Il y retrouve Isabella, une amie de longue date, qui se charge du montage, et qui lui apprend que Catherine, une actrice de son métrage, a été assassinée par un maniaque. Comme si cette tragédie n’était pas suffisante, son scénariste pique une colère noire suite aux modifications faites à son histoire, et son producteur lui met la pression pour qu’il termine le métrage plus rapidement que prévu. Frank, de plus en plus désemparé va devoir également faire face à un meurtrier masqué qui choisit ses victimes parmi les personnes impliquées dans son film.
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Domiziano Cristopharo se repose t’il de temps en temps ? On peut effectivement se poser la question quand on voit avec quelle rapidité il enchaîne les projets. Parmi ses métrages les plus récents : Nightmare Symphony, un néo-giallo horrifique rendant hommage au réalisateur Lucio Fulci et plus particulièrement à son film Nightmare Concert (Un Gatto nel cervello) sorti en 1990. 

Un projet bicéphale puisque Cristopharo partage le poste de réalisateur avec Daniele Trani, qui (co)signe ici son premier long-métrage après une longue carrière de directeur de la photographie. Nightmare Symphony  n’est d’ailleurs pas la première collaboration entre les 2 hommes : Trani s’étant occupé, justement, de la photo sur plusieurs projets où était impliqué Cristopharo (P.O.E. Poetry of EerieIll: Final Contagium, ou Vore Gore qui devrait sortir en 2021).

Nightmare Symphony transpire la passion de nos 2 réalisateurs pour le cinéma d’horreur italien et le giallo. Outre les références à Fulci (Nightmare Concert donc, mais aussi L’Éventreur de New York), leur film est jalonné de clins d’oeil aux oeuvres d’autres réalisateurs tels Mario Bava, Michele Soavi -le tueur avec son masque d’oiseau comme dans Bloody Bird– ou Dario Argento.

Et qui mieux que Antonio Tentori pouvait leur écrire le scénario d’un tel film ? Tentori étant justement le scénariste de Nightmare Concert, et un habitué du cinéma horrifique italien ayant collaboré avec des réalisateurs comme Dario Argento, Bruno Mattei, Joe D’Amato ou Sergio Stivaletti. L’histoire de Nightmare Symphony se montre plutôt roublarde, jouant sur l’aspect film dans le film en brouillant les frontières entre la réalité et la fiction. La confusion est entretenue par la présence de Antonio Tentori au casting, et par le choix de Frank LaLoggia pour jouer Frank. Un rôle qui sonne comme une mise en abîme pour LaLoggia qui est, justement, réalisateur (Fear No Evil, Lady in White). Ainsi, à l’instar de Lucio Fulci jouant son propre rôle dans Nightmare Concert, Frank interprète Frank, un artiste face à la pression des coulisses du cinéma (les engueulades avec l’équipe, le producteur n’ayant que faire de ses desiderata) qui se perdra dans sa propre création, n’arrivant plus à distinguer le vrai du faux.

Nightmare Symphony est une oeuvre extrêmement respectueuse du genre dans lequel il s’inscrit, mais qui parvient aussi à se départir de ses sources d’inspiration pour trouver son propre style. Tourné entre l’Italie, la Suisse et le Kosovo, Cristopharo délaisse les lieux clos et isolés pour des décors essentiellement urbains. Il donne à son film un aspect vintage -sans verser pour autant dans la nostalgie facile- et nous distille une ambiance à la fois inquiétante et mystérieuse qui se voit renforcée par les efficaces musiques délicieusement rétros du compositeur Antony Coia. Une belle réussite qui trouvera son point d’orgue lors d’un final cauchemardesque, mais non dénué de beauté.

Rien détonnant de la part de Cristopharo qui nous a habitué à un certain standard qualitatif, aussi bien artistique que technique, avec ses oeuvres extrêmes.

Nightmare Symphony nous offre d’ailleurs quelques séquences de meurtre des plus impressionnantes, profitant des excellents effets spéciaux réalisés par Jacopo Tomassini (qui avait déjà collaboré avec Cristopharo sur le film The Obsessed). Même si le métrage sait faire preuve d’une violence sèche et démonstrative, il se montre finalement plutôt sage en comparaison des débordements gores et trash des autres métrages de Cristopharo. Les amateurs de l’étalage de tripailles seront peut-être un peu déçus, mais force est de reconnaitre que la tonalité du film ne s’y prêtait guère.

Pour une première incursion dans le giallo, Domiziano Cristopharo et Daniele Trani nous livrent, avec Nightmare Symphony, un travail réellement soigné, mais qui n’échappe pas à quelques légers problèmes de rythme et des personnages qui souffrent d’un manque de développement. 

En effet Nightmare Symphony démarre sur les chapeaux de roue avec un meurtre très stylisé dès ses premières minutes. Passé cette excellente introduction, le film va malheureusement se montrer un peu bavard et le tueur trop discret. La 2ème moitié du métrage viendra corriger cela en se montrant plus “rentre dedans”, plus efficace, particulièrement dans les 20 dernières minutes. Il aurait été appréciable, puisque l’on est toujours dans les doléances, que certains personnages soient un peu plus travaillés, le film les réduisant trop souvent à de simples victimes.

Ces quelques maladresses n’ont, heureusement, rien de rédhibitoire et ne pèsent pas lourd face à toutes les qualités dont fait preuve Nightmare Symphony. Et quelle bonne idée d’être allé chercher LaLoggia pour faire l’acteur : en plus d’être convaincant, le bonhomme est extrêmement sympathique et même touchant (lors de la scène qui le place face à des videos d’archive de ses véritables films). Un bel et sincère hommage à tout un pan du cinéma italien, nous venant de 2 passionnés.
Domiziano Cristopharo et Daniele Trani rejoignent d’autres artistes tels que Hélène Cattet, Bruno Forzani, Luciano Onetti, Federico Zampaglione, Ryan Haysom (…liste non exhaustive) qui nous prouvent à travers leurs oeuvres que : Giallo Lives !

Nightmare Symphony sera disponible courant 2021 chez l’éditeur TetroVideo, je les remercie pour l’envoi du fichier qui m’a permis de réaliser cette review.

– Anthony Rct –

Nightmare Symphony
Aka: The Peacock’s tale
2020 – Royaume-Uni, Kosovo – 78mn
Réalisation: Domiziano Cristopharo, Daniele Trani
Genre(s): Giallo, Horreur
Acteur(s): Frank LaLoggia, Antonella Salvucci, Poison Rouge

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