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Till et Dasq, 2 serruriers fêtards, rencontrent Ernst lors d’une intervention, un puceau élevé à la dure par un père religieux intégriste. En apprenant qu’il va bientôt avoir 40 ans, ils décident, profitant de l’absence du père, de lui organiser une fête d’anniversaire. Tout leur carnet d’adresses sera convié, y compris Nocta, une mystérieuse jeune femme ne supportant pas l’alcool. Espérant un rapprochement amoureux entre cette dernière et Ernst, les organisateurs lui font malgré tout ingérer un cocktail alcoolisé. Cette action va se révéler désastreuse : Nocta, qui est en fait un vampire, va sous l’influence du breuvage transformer la soirée en un gigantesque bain de sang.
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Ah le voilà le système D, le budget qui tient dans un porte-feuille, ces films où l’équipe de tournage est aussi les acteurs, où on tourne dans une cave, où l’absence de moyens rime avec une totale liberté.

Nocta s’inscrit dans une longue tradition de petits budgets indépendants, particulièrement en Allemagne, vague lancée par Jörg Buttgereit en son temps avec le fameux Nekromantik, productions si fauchées qu’elles passent un peu sous le radar de la censure sévère (certains seront tous de même attaqués, comme Olaf Ittenbach). Mais point de volonté artistique ici. On oublie les beaux plans au ralenti avec une musique triste pour montrer des horreurs. Par contre, on va mettre l’accent sur une volonté principale, but ultime de nos sympathiques réalisateurs germaniques : le fun ! Ils savent ce que leur public vient chercher dans l’écurie P.S.Y.C.H.O. Productions, et ils vont nous le livrer sur un plateau d’argent. Il suffit de voir leur filmographie pour savoir exactement ce à quoi on s’expose ici. Leur premier long-métrage, Das Geheimnis der Zauberpilze démontre déjà un style balbutiant mais bien défini : runnings gags, humour lourd et constant, effets gores bricolés, personnages et lieux recurrents. Ils confirmeront l’essai avec l’épique Der König der Kannibalen, hommage mastoc de 2 heures à Cannibal Holocaust,  toujours doté de leur touche très personnelle. 

Nocta est leur 3ème long métrage, tourné et produit sur 3 ans. Ils ont écouté leurs fans, ils ont resserré l’intrigue et vont plus vite à l’essentiel. Malgré quelques rares moments de longueur -le karaoké par exemple-, la mission est réussie. Ils ont également décidé de tourner en huis-clos : un choix pécunier avant tout, mais également pratique. En effet, c’est bien plus tranquille de démembrer ses personnages au calme dans sa cave, lieu de rendez-vous pour toute l’équipe qu’on imagine sans problème constamment en crise de fou-rire. Une bonne ambiance très bien représentée à l’écran. 

Mais ça reste un Splatter, donc il faut faire gicler le sang. On peut comparer la structure en 2 temps de Nocta avec Une nuit en enfer (Robert Rodriguez), une influence claire et revendiquée. Ce qui commence comme une comédie vaguement romantique va finir le nez dans une mer de sang, avec des morceaux de cervelle dedans. Il faut ici nommer le responsable des effets spéciaux : Sebastian Zeglarksi, également acteur. Ce nom va sans doute allumer une lumière chez les amateurs de torture-porn (A fucking cruel nightmare, dont une review est dispo sur le site) ou de psychodrame extrême (What’s wrong with you ?), ainsi que de nombreuses participations à des courts-métrages (Zombiercalypse). Les effets sont fauchés, mais nombreux et généreux. On se délecte de gigantesques geysers de sang, de menstruations extrêmes, de démembrements, d’écorchements, de fendages de crâne, et bien plus encore. Tous les fluides sont de la partie, y compris la matière fécale. Aucune limite n’est posée mais avec une volonté humoristique quasi-permanente, ça passe. On se surprend à rire des pires situations, comme en son temps dans Braindead ou plus proche, Premutos. Mention également à l’actrice qui incarne Nocta : Resa Elstner. Elle s’amuse tout autant que le reste du casting et il faut dire que son costume simple mais iconisé (jupe, chemise, veston, chapeau, teint blafard, yeux brillants) lui va à ravir. On voit qu’un effort de garde-robe a été fourni et le film s’en sort grandit.

Heureusement, Master W et Crippler Cris savent doser et varier leurs intentions, ils incorporent des courtes plages musicales, des moments un peu plus sérieux, plus durs, des retournements de situations bienvenus. Donc, avec une approche réfléchie : ils ont un scénario, des dialogues écrits, ils vont donner le meilleur d’eux-mêmes pour livrer un spectacle complet, chaotique et fou, mais qui sait où il veut aller. 

Alors oui, les acteurs sont des amateurs, les effets spéciaux sont rudimentaires, il y a des faux-raccords, on voit le micro dans certaines scènes… Mais en invitant une bande d’amis avec des boissons alcoolisées, on passe un super moment jusqu’au final plutôt poétique (ah quand même !) annonciateur d’une suite bienvenue.

– Patrick Lang –

Nocta
2019 – Allemagne – 89mn
Réalisation: Crippler Criss, Master W.
Genre(s): Horreur, Comédie, Gore/Extrême, Vampire
Acteur(s):
Jim Aal, Resa Elstner, Raping Ras

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