• L’équipe
  • Liens
  • Contact

Alisa et Sara sont liées par une amitié profonde qui vacille quand cette dernière écrit une lettre à son amie pour lui avouer son attirance et ses sentiments. Malheureusement Alisa se confie au psychologue scolaire qui juge cette relation inappropriée et leur conseille d’y mettre un terme. À mesure qu’Alisa prendra ses distances, Sara, d’une nature introvertie, se sentant trahie et rejetée, plongera dans une souffrance émotionnelle exacerbée par sa profonde solitude.
__
Malgré une production tout de même étoffée, il faut bien reconnaître que les films serbes ont encore du mal à s’exporter en dehors de leurs frontières. Évidemment il y a des exceptions comme A Serbian Film de Srdjan Spasojevic qui en 2010 avait réussi à faire le tour du monde, bénéficiant du buzz autour de sa violence et de son interdiction de projection dans de nombreux pays, envoyant au passage un sacré pavé dans la mare du cinéma gore/extrême.
Bien éloigné des excès visuels de son homologue cinématographique, le film dramatique Klip, de la réalisatrice Maja Milos, avait lui aussi connu une belle carrière à l’international avec sa peinture d’une jeunesse serbe en manque d’idéal dans un Belgrade maussade.

L’absence de repères, le quotidien grisâtre, et surtout l’affirmation de soi contre la pression de l’entourage et de la société, il en est aussi question dans Otvorena. Le jeune réalisateur Momir Milosević signe ici son premier long-métrage après quelques courts/moyens-métrages. Un film qui, malgré quelques passages dans des festivals et l’obtention de prix, est passé honteusement inaperçu malgré ses innombrables qualités.

Une réussite formelle mais également artistique, où Milosević convie à l’image des réalisateurs comme David Lynch, Lars Von Trier, ou Andrzej Żuławski qui semblent l’avoir inspiré et nourri. Sous couvert d’un drame autour des vicissitudes existentielles de Sara, Otvorena s’avère être un métrage plus complexe, aux multiples thématiques, qui peu à peu se dévoilent. Brouillant parfois les frontières entre réalité et fantasme, il nous plonge dans une ambiance pesante, froide, presque angoissante, qui trouvera son apogée dans un final hallucinatoire et horrifique ouvert aux multiples interprétations.

Également scénariste du film, Milosević fait le choix de raconter son histoire avec une économie narrative où les cadres et la composition des plans l’emportent souvent sur les dialogues.

Entièrement tourné à Belgrade, il utilise l’architecture morne des bâtiments, jouant sur leur géométrie, pour donner l’impression que ses personnages sont écrasés par cet environnement sordide et imposant. Une prison de béton dont émane un sentiment de profond désespoir qui se trouve encore renforcé par la décision pertinente de tourner son film en noir et blanc. Une approche, pas si éloignée du cinéma expérimental, où les émotions passent par le non-dit, le langage des corps, et qui exacerbe le symbolisme déployé par ses partis pris de réalisation : hormis Alisa et Sara la plupart des âmes qui peuplent Otvorena sont filmées de telle façon que l’on ne distingue pas leurs visages, les réduisant à l’état d’ombres, de fantômes, ne faisant qu’ajouter un peu plus à l’isolement de celles-ci.

Au milieu de ces êtres sans identité, le seul point d’ancrage pour le spectateur sera donc Alisa et Sara qui semblent prisonnières de cette morosité ambiante qui se reflète dans leur état émotionnel. Milosević dresse un portrait peu flatteur d’une société serbe conservatrice, voir aliénante, qui juge les individus sortant des schémas qu’elle a établis. Une pression qui se ressent aussi bien à l’école -le passage chez la psychologue- que dans le cercle amical, ou via les médias, qui rappelle sans cesse à chacun le chemin à prendre, la “normalité” admissible.

Dans un pays comme la Serbie où l’homosexualité est encore davantage “tolérée” que réellement acceptée, Otvorena se place comme un métrage un peu à part en abordant ouvertement le sujet. Cependant, avec les multiples pistes de lecture qu’offre cette oeuvre il reste difficile de parfaitement appréhender le point de vue de son réalisateur.

Un film sur l’amour, la douleur, la trahison, la culpabilité et la résilience, Otvorena est un peu tout ça à la foi. Une belle proposition de cinéma portée par un duo d’actrices qui apportent énormément de sincérité et de sensibilité à leurs personnages, principalement la magnétique Milena Đurović qui signe ici son premier -et à ce jour seul- passage devant la caméra. Une oeuvre complexe, touchante, quelques fois cruelle, souvent fascinante qui semblera sans doute un peu hermétique et atone pour ceux qui ne parviennent pas à juste se laisser porter sans toujours tout comprendre.

– Anthony Rct –

Otvorena
Aka: Open Wound
2016 – Serbie
 – 71mn
Réalisation: Momir Milosević
Genre(s): Drame, Horreur
Acteur(s):
Milena Đurović, Jelena Puzić, Jelena Angelovski

vulputate, Curabitur massa id sed elementum dolor libero quis pulvinar sit