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Un groupe d’amis quitte le chaos de la ville pour un après-midi barbecue chez David, qui a perdu récemment sa soeur enceinte, brutalement assassinée par le “tueur en costume”. Un tueur en série bien habillé qui se faufile chez les gens pour les démembrer, décapiter, charcuter de la façon la plus sauvage. Bien sûr, toutes les conversations tournent autour de ce sujet. Ils vont découvrir au fil des anecdotes que certains liens remontent jusqu’à eux.
Une question se pose alors : faites vous confiance à vos amis ?
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Le slasher est un genre qui ne meurt jamais. Trouvant ses origines dans les années 70, il revient régulièrement nous prouver qu’il a encore son mot à dire. Toutes les fêtes, évènements, clichés sont détournés pour servir de prétexte à une série de meurtres plus ou moins gores, où le but est de trouver qui se cache derrière le masque iconique du tueur. C’est un peu le fast-food du genre horrifique. C’est léger, vu rapidement et sans prise de tête. Difficile d’arriver à se démarquer dans cet océan de productions hyper balisé.

Phonomanie est la 3ème réalisation de Stefan Peschmann (sous pseudonyme “Mr Zito”, référence à Frank du film Maniac de William Lustig) si on exclut un court-métrage retiré de la circulation, jugé trop mauvais. D’abord il y eut Terror in a damaged brain en 2015, ensuite Lock the doors en 2016, il va sans dire qu’il s’agit à chaque fois de films d’horreur, spécialité dans le genre indépendant/amateur germanique.
Peschmann va s’affairer à mettre son grain de sel dans un genre où tout a été dit ou presque. Tout d’abord, il faut souligner la solidité de l’aspect technique. Ici point d’approximations ni de filmage à “l’arrache”. On sent rapidement que la caméra est omnipotente, les plans sont variés et parfois très originaux. Les mouvements sont fluides sans tomber bêtement dans l’esbrouffe gratuite. Le montage est court et évite de nous faire tomber dans la lassitude. Tout y est refléchi et calculé, ce qui donne un certain cachet, une certaine ampleur qu’on ne trouve pas toujours dans un “film de potes” tourné avec trois bouts de ficelle. On sent une volonté de bien faire, et c’est plus que bienvenu. Le son est clair, on distingue bien les dialogues, la musique est discrète et parfaitement mixée, elle ne marche pas sur les pieds de l’action mais souligne bien les péripéties. Bravo au compositeur Stephan Ortlepp, et au mixage sonore du cru de Stefan Peschmann.

Le principal argument d’un slasher, c’est quand même les meurtres et le sang versé. On ne présente plus le goût des allemands pour la tripaille, et Phonomanie n’y échappe pas. Nous sommes donc très rapidement confrontés aux pires atrocités : enfonçage de crânes, découpage, éventrements, j’en passe et des meilleures… Il faut là aussi rendre hommage aux artistes des effets spéciaux, car ils ont livré un travail remarquable. Les effets sont nombreux et parfaitement exécutés. Les tripes et le sang sont exposés à un rythme soutenu, sans que l’on puisse distinguer les ficelles ni les “trucs”, ce qui est rarement le cas dans des productions aussi fauchées. Le résultat à l’écran est quasiment sans faille.

Dans ce genre de productions, il est de bon ton de ne pas être trop regardant au niveau du casting, souvent composé du cercle de famille ou d’amis proches, où la distribution est également l’équipe du film. C’est bien sûr le cas ici aussi. Il faut souligner que l’on trouve énormément de personnages – plus que d’habitude – surtout dû à la structure tout en flashbacks de la narration. Il faut rester objectif, et remettre la situation dans son contexte : tous ont peu ou pas d’expérience devant la caméra, et ça se voit souvent. Il y a toutefois quelques acteurs en herbe qui tirent leur épingle du jeu. Tout d’abord Sabine Wedde, déjà coutumière du réalisateur car ils ont souvent collaboré par le passé. Elle est à l’aise et délivre ses nombreux dialogues avec honnêteté. Ensuite Thomas Goersch fait une apparition éclair, il a participé à une bonne centaine de courts-métrages et de films indépendants, donc lui aussi il sait séduire la caméra. Mais la grande révélation est Marie Richter, qui donne carrément une épaisseur inespérée à son personnage, avec des petits monologues aussi brusques que jouissifs superbement interprétés. Elle a de l’expérience dans le monde du spectacle (danse et théâtre) et ça se voit, elle dépasse toute la distribution, pourtant c’est son premier rôle dans un long métrage.

Techniquement, Phonomanie se tient mais est-ce que c’est suffisant ? Pour éviter le cliché, péché mortel d’un genre surchargé, Stefan Peschmann va saupoudrer son métrage de références à des classiques, surtout dans les dialogues et ça rend le tout assez fun. Mais le petit truc en plus tient du tueur. Tout comme dans Hitman, clairement une influence majeure, il a un look BCBG, et il se tapit dans l’ombre en silence, se déplace en mode furtif pour frapper au moment où l’on s’y attend le moins. Peschmann décide aussi de placer son décor soit en plein centre-ville, soit en banlieue, ce qui change du camp de vacances ou des sempiternelles cabanes dans les bois. Et pour finir, il structure son long-métrage presque comme un film à sketchs, avec des nombreux et longs flashbacks truffés de faits-divers sanglants et d’indices cachés, qui vont culminer bien sûr dans la dernière partie avec toutes les révélations et retournements adéquats.

Phonomanie révolutionne-t-il le genre ? Pas forcément.
Là où il marque des points c’est dans une mise en scène solide et maîtrisée, des effets ultra-gores et un tueur aussi discret que brutalement sauvage. Le réalisateur fait de gros efforts et on sent une grande réflexion et de l’honnêteté à tous les étages, si bien que les 89 minutes du film passent sans ennui. C’est déjà pas si mal. Stefan Peschmann a encore d’autres projets sous le coude, on lui souhaite bon courage et on attend ça avec impatience.

– Patrick Lang –

Phonomanie
2019 – Allemagne – 89mn
Réalisation: Stefan Peschmann
Genre(s): Horreur, Slasher, Gore/Extrême
Acteur(s): Sabine Wedde, Daniel Brossmann, Marie Richter

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