Tanya Vos travaille comme assassin au sein d’une organisation secrète qui utilise une technologie d’implant permettant d’habiter le corps de n’importe quel individu. Ainsi, quand un de leurs riches clients en fait la demande, leurs agents peuvent contrôler des personnes innocentes et leur faire commettre des meurtres. Lors de sa nouvelle mission Tanya se retrouve coincée à l’intérieur de Colin Tate, l’homme qu’elle a utilisé pour exécuter son contrat et dont le goût pour le sang et la violence va se retourner contre elle.
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Est-il encore utile de présenter le réalisateur canadien David Cronenberg ? L’un des grands maitres du genre body horror qui a marqué le monde du cinéma avec des oeuvres comme RageChromosome 3ScannersVidéodromeLa Mouche, Le Festin nu, Crash et tant d’autres. Un artiste définitivement culte qui a su, tout au long de sa filmographie, conjuguer maîtrise technique et thématiques personnelles, telles des obsessions qui furent les fondations de son cinéma : les blessures de la chair, la mutation des corps, les pulsions de l’être humain, et son rapport avec la technologie. David Cronenberg, c’est un univers à part, pessimiste, violent, presque aliénant, où la frontière entre rêve et cauchemar est souvent trouble.
Un réalisateur important qui en a influencé nombre d’autres, notamment son fils Brandon.

Dans son premier long-métrage Antiviral sorti en 2012, Cronenberg junior nous livrait une oeuvre étrange, abordant des thèmes et doté d’une esthétique que n’aurait justement pas reniés son géniteur. Pourtant, entre “tuer le père” pour s’affirmer artistiquement ou prendre son relais quitte à souffrir de la comparaison, son choix s’est alors porté vers la seconde option. Antiviral n’en demeurait pas moins intéressant et réussi, suffisamment pour nous faire attendre avec une certaine impatience un nouveau projet.

Il aura fallu 8 années pour voir enfin arriver ce second métrage : Possessor. Un film mélangeant thriller, science-fiction et horreur, qui porte encore la marque du père mais qui nous prouve aussi que le fils a su faire évoluer son cinéma. 

Avec son histoire d’implant permettant à un être humain d’en envahir et d’en contrôler un autre, Possessor questionne sur la notion d’identité, de dualisme entre le corps et l’esprit, et de libre arbitre. Dans un monde déshumanisé, fait de faux semblants où la science permet de pirater les humains afin de les transformer en marionnettes meurtrières, chacun finit par se perdre.

Possessor convoque thématiquement et visuellement des oeuvres comme ExistenZ de David Cronenberg (tiens, tiens…), Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, Inception de Chritopher Nolan, Under The Skin de Jonathan Glazer et même certains travaux d’Alex Garland. Le film offre un spectacle qui pourra sembler parfois familier, mais aussi singulier par le traitement que lui apporte Cronenberg fils.

Possessor surprend aussi par sa profonde radicalité en matière de violence. À ce titre la séquence d’ouverture, mais surtout celle de conclusion en sont de parfaits exemples, marquant la rétine par leur brutalité jusqu’au-boutiste. Brandon Cronenberg compose quelques scènes chocs, crues, presque grand-guignolesques, entièrement réalisées grâce à des effets pratiques, qui contrastent avec l’ambiance sobre, minimaliste, et sombre du reste de son oeuvre.

Pour autant, même si cette violence semble parfois hors de propos, elle ne déséquilibre pas le métrage. Bien au contraire, elle parvient à renforcer l’impression de folie et de désespoir qui émane de ce futur dystopique à la fois proche et lointain que nous dépeint Possessor.

Malheureusement, le scénario elliptique ne fait qu’effleurer certains éléments qui auraient mérités un traitement plus approfondi (le processus d’implantation, la famille de Vos, l’organisation qui l’emploie). En effet, Possessor a un background indéniablement riche, mais jamais suffisamment exploité, la narration faisant le choix de se focaliser pour l’essentiel sur la lutte intérieure entre Vos et Colin. Le combat de ces 2 esprits pour le contrôle du même corps donnera lieu à quelques séquences hallucinatoires des plus réussies.

Cet affrontement réciproque sera parfaitement retranscrit dans les interprétations de Andrea Riseborough (Vos) et Christopher Abbott (Colin). Le reste du casting (Tuppence Middleton, Jennifer Jason Leigh, Sean Bean…) se montrera également extrêmement investi.

Possessor marque une nouvelle collaboration entre Brandon Cronenberg et Karim Hussain qui officie, comme pour Antiviral, au poste de directeur de la photographie. Son travail est une fois de plus superbe, apportant une texture toute particulière à certaines scènes.

Brandon Cronenberg est un artiste appliqué et perfectionniste qui sait parfaitement s’entourer. On pouvait déjà le ressentir devant Antiviral, et c’est encore plus palpable avec Possessor. Il savait qu’il était attendu au tournant, surtout après une attente aussi longue, mais le défi est relevé. Possessor s’avère extrêmement réfléchi, plus mature, plus ambitieux, et si des imperfections demeurent elles ne pèsent pas bien lourd face à ses multiples qualités.
Il ne reste plus qu’à espérer qu’il ne mettra pas à nouveau 8 ans pour concrétiser son prochain projet.

– Anthony Rct –

Possessor
Aka: Possessor Uncut
2020 – Royaume-Uni, Canada – 104mn
Réalisation: Brandon Cronenberg
Genre(s): Science-fiction, Thriller, Horreur
Acteur(s): Andrea Riseborough, Christopher Abbott, Sean Bean

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