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Ninko est un jeune moine bouddhiste qui a un gros problème : il exerce, bien involontairement,  un véritable pouvoir de séduction sur les femmes, et parfois même sur les hommes, ce qui rend sa vie et sa quiétude impossibles. Se sentant coupable, se pensant insuffisamment vertueux, et voulant fuir le harcèlement constant dont il est victime, il décide d’entreprendre un pèlerinage purificateur. Le hasard le fera croiser la route de Kanzo, un ronin, qui fait route vers un village désolé dans la montagne où la plupart des hommes sont morts.
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Premier film de Norihiro Niwatsukino, qui s’était auparavant déjà essayé à la réalisation à travers différents courts-métrages, Suffering of Ninko est pour le moins curieux : à la fois conte, drame, comédie, film d’époque, film fantastique, il intègre également des séquences animées donnant vie à des estampes. Ce film, dont l’histoire n’est pas sans rappeler le film coréen La Légende de Libido de Tae-Gyu Bong, est un singulier mélange des genres.
Il aura fallu 4 longues années à Norihiro pour mener à bien son projet, et le moins que l’on puisse dire est qu’il s’y est investi corps et âme, car outre le poste de réalisateur, il occupe aussi celui de scénariste, de producteur, de monteur et a aussi officié aux effets spéciaux et à l’animation.

Faire un long-métrage historique sans que l’indigence de son budget (environ 100 000 dollars) ne se fasse trop sentir à l’écran était un pari risqué, pourtant Suffering of Ninko y parvient.

Tout le film est très maîtrisé sur un plan esthétique et technique : les costumes (trouvés par le réalisateur sur le marché de l’occasion) font parfaitement illusion, les différents décors sont bien mis en valeur et les plans sont soignés.
Norihiro adopte une réalisation qui sait prendre son temps. La seule ombre au tableau serait cette photographie trop “passe-partout”, mais heureusement les séquences d’animation, alliées à quelques effets visuels comme l’utilisation du split screen, compensent ce petit défaut en apportant une véritable richesse visuelle.

Et que dire de la bande originale qui accompagne ce Suffering of Ninko ? Réalisée avec des instruments traditionnels japonais, elle accompagne superbement et participe à l’ambiance parfois étrange de ce métrage.

Malheureusement si le réalisateur a clairement soigné la forme, il ne s’est pas autant appliqué sur le fond : le scénario n’est pas assez travaillé, et le film souffre d’un énorme déséquilibre dans son rythme et sa narration. Pour poser sa situation initiale (Ninko et son pouvoir d’attraction) Norihiro va utiliser la moitié de son métrage. Pourtant facilement compréhensible, cette introduction va donc être étirée au maximum, provoquant des scènes répétitives. Leurs aspects souvent burlesques aident à faire passer la pilule, mais une fois passés ces préliminaires, il ne reste guère que 30 minutes de métrage, trop peu pour véritablement développer correctement le reste de son scénario.

Inévitablement, des personnages secondaires sembleront presque sacrifiés, caractérisés par et pour leur utilité dans l’histoire. Des protagonistes comme Kanzo ou la sorcière des montagnes seront réduits à l’état d’esquisses, n’ayant pas suffisamment ni de temps ni de place pour réellement exister.
La plus dramatique conséquence reste le traitement réservé à la révélation finale qui aurait pu être extrêmement interessante, si elle n’avait pas été expédiée en moins de 10 minutes.

Profondément ancré dans le folklore japonais et ses mythes et légendes, Suffering of Ninko brasse des thèmes comme le désir, la culpabilité ou la frustration. Le film porte un regard assez dur envers les religions et le refoulement qu’elles peuvent parfois provoquer sur les êtres humains.

Première oeuvre ambitieuse, Suffering of Ninko aurait pu être un grand film avec une plus grande maitrise de son rythme et une histoire plus travaillée (et peut être un peu plus de budget).

Je remercie chaleureusement l’éditeur Spectrum Films pour m’avoir fait parvenir son édition Blu-ray + DVD (que vous pouvez commander sur leur site) qui m’a permis de réaliser cette review.

– Anthony Rct –

Suffering of Ninko
Titre original: Ninkô no junan
2016 – Japon – 70mn
Réalisation: Norihiro Niwatsukino
Genre(s): Drame, Fantastique, Comédie
Acteur(s): Masato Tsujioka, Miho Wakabayashi, Hideta Iwahashi

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