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Un agent secret participe à une opération en Ukraine. Quand celle-ci tourne mal, il préfère se suicider grâce à du poison plutôt que de risquer de divulguer des informations. A son réveil, découvrant que la capsule de cyanure était un faux visant à tester sa loyauté, il est recruté pour une mission de la plus haute importance : empêcher la 3ème Guerre Mondiale. Son enquête le mènera à une technologie futuriste permettant d’inverser le temps, et sur les traces de Sator, un milliardaire russe semblant être à l’origine de la menace.
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Que l’on aime ou pas les propositions de cinéma de Christopher Nolan, il faut lui reconnaitre son audace. Voilà un réalisateur qui n’a jamais choisi la voie de la facilité pour ses oeuvres et ce dès ses premiers longs-métrages. Au fil des années et des films, il a su imposer son style : du grand spectacle, à la réalisation soignée, qui se montre également extrêmement réfléchi. Co-scénariste de la plupart de ses métrages, il les nourrit de ses propres préoccupations et obsessions et construit des histoires aux structures narratives complexes, souvent non-linéaires, développant leurs propres univers, mais parfois difficiles à parfaitement appréhender. C’est pourquoi beaucoup ne voient en Nolan qu’un cinéaste prétentieux adepte du blockbuster gandiloquent et inutilement alambiqué.

Une chose est certaine : ce n’est pas avec ce nouveau film que le réalisateur fera plus l’unanimité, risquant même de diviser encore un peu plus le public.

Apres avoir exploré, dans ses précédentes oeuvres les rêves, la mémoire, ou l’espace, Tenet sera la déclaration d’amour de Nolan pour les film d’espionnages. Grand fan de James Bond, il avait même exprimé le souhait d’en réaliser un par le passé. C’est aujourd’hui, pour ainsi dire, chose faite avec ce métrage qui, en bon élève appliqué, rassemble tous les ingrédients du genre. Mais faire un “simple” film d’espionnage n’était pas suffisant pour Nolan qui verse donc dans la science-fiction via l’inversion du temps.

Construisant son film, à l’image de son titre, comme un palindrome, Nolan explore une fois de plus son obsession pour le temps. Ici pas de DeLorean pour aller instantanément d’un point A à un point B dans le futur ou le passé, la technologie dans Tenet n’autorisant que le renversement temporel : en utilisant un “tourniquet” -nom donné à la machine- les protagonistes mais aussi les objets peuvent “avancer à l’envers” dans le monde qui, lui, suit le cours normal du temps.

Un concept qui peut sembler difficilement intelligible et que Nolan ne va pas tenter de rendre plus limpide, le noyant au contraire dans un scénario artificiellement complexe.

Un problème que, par exemple, Inception n’avait pas, alors qu’il abordait des thématiques tout aussi abstraites avec ses histoires de rêves emboités et d’idées à semer dans le subconscient. Là, tout était parfaitement expliqué, les règles établies et les limites définies. Le film, partant sur des fondations solides, dévoilait son intrigue peu à peu, et aboutissait sur un ensemble cohérent.

Dans Tenet c’est l’inverse : tout est fait pour entretenir le mystère et conserver le public dans une forme d’obscurantisme. A force de théories fumeuses, ou a contrario, d’un manque flagrant d’explications, le scénario finit par sembler imbitable, alors que finalement c’est surtout son traitement qui le rend opaque. Sous ses airs faussement labyrinthiques, et à toujours vouloir surprendre, Tenet se perd lui même dans la concaténation de ses idées, laissant le soin au spectateur de tenter de recoller les morceaux de l’histoire.

En résulte un film d’action/espionnage plutôt efficace et rondement mené, mais qui pêche à cause de sa partie SF, qui faisait pourtant son originalité. En complexifiant à l’extreme son concept plutôt que le transcender, Nolan échoue à faire totalement cohabiter les genres et accouche d’une oeuvre protéiforme qui se voudrait infiniment plus maligne qu’elle ne l’est au final.

Nolan rate le coche sur le fond, mais, heureusement, sur la forme, il livre un show de plus de 150 minutes on ne peut plus plaisant. Ce voyages aux 4 coins du monde est captivant et réserve quelques moments de bravoure comme un braquage en plein autoroute, ou le crash d’un avion sur un bâtiment (qui a réellement nécessité la destruction d’un Boeing 747). L’inversion temporelle amène son lot de séquences visuellement inédites, où cohabitent dans un même plan 2 temporalités différentes.

Un spectacle solide qui peut également compter sur son casting. John David Washington se donne à fond et déborde de charisme, Robert Pattinson nous prouve film après film un peu plus son talent. Kenneth Branagh incarne avec beaucoup de sérieux le cliché du méchant russe psychopathe qui veut détruire le monde, et semble même y prendre du plaisir. Seul Elizabeth Debicki semble un peu en retrait, sa présence se résumant trop souvent à n’être qu’une demoiselle en détresse.

Malheureusement, malgré tout leur talent ils n’arrivent pas à totalement faire oublier le manque évident de caractérisation de leurs personnages : ils sont pour la plupart creux, unidimensionnels, caractérisés par et pour leur mission ou leur utilité dans le film.
Seul Pattison parvient à tirer son épingle du jeu, héritant du rôle le plus ambivalent, et donc, du plus complexe.

Tenet profite aussi de l’indéniable compétence technique de son géniteur. Certes il ne parvient pas à parfaitement lier toutes ses scènes, mais fait preuve d’une vraie rigueur et d’un réel talent dans leur composition et leur exécution.
Il n’y a guère que dans les scènes d’action que Nolan semble atteindre ses limites, donnant parfois l’impression de ne pas trop savoir quelle direction leur donner, les rendant même parfois difficilement lisibles (la bataille finale en est un bon exemple).
Des scènes qui justement se trouvent aussi handicapées par les compositions musicales de Ludwig Göransson qui échoue, en singeant maladroitement Hans Zimmer, à leur insuffler de la puissance.

Il y a tout de même de quoi être dubitatif devant les maladresses et les scories qui jalonnent Tenet. C’est d’autant plus incompréhensible de la part d’un perfectionniste comme Nolan qui avoue avoir passé 7 longues années à peaufiner le script final de son nouveau bébé. Le cinéaste s’est-il trop reposé sur ses lauriers, fort de ses précédents succès, ou s’est-il perdu en cours de route dans son propre processus créatif ? À trop jouer le marionnettiste tout puissant, il a oublié de faire du public le dépositaire des règles du jeu qui régissent l’univers qu’il a créé.

Un Nolan en demi-teinte que ce Tenet, qui tel le dieu Janus possède 2 visages : celui de la réussite et celui de l’échec, tour à tour capable du meilleur et du pire, fascinant autant qu’il devient irritant devant un tel gâchis de potentiel.

– Anthony Rct –

Tenet
2020 – USA, Royaume-Uni – 150mn
Réalisation: Christopher Nolan
Genre(s): Action, Thriller, Science-fiction, Voyage Temporel
Acteur(s): John David Washington, Robert Pattinson, Kenneth Branagh

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