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Au fin fond du Tennessee rural, Sylvia, une jolie jeune femme réussit à échapper de justesse à 3 hommes qui tentent de la violer et de la tuer. Blessée, elle titube le long de la route quand “Pa” décide de l’emmener et de la soigner à la ferme où il vit avec son fils Caleb. Bizarrement, la santé de ses hôtes se détériore au fur et à mesure qu’elle se remet. Ils tombent rapidement sous le charme de leur protégée qui possède une personnalité plus que frivole. Mais peut-être qu’elle n’est pas aussi naïve qu’elle en a l’air. Ce petit monde idyllique en apparence menace de s’écrouler quand surgit un des survivants de l’agression de Sylvia. Elle va bientôt révéler sa vraie nature.
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Le scénario de Tennessee Gothic est basé sur les écrits de Ray Russell, en particulier American Gothic, une nouvelle tirée de l’anthologie Dark Masques. Certains dialogues sont repris tels quels. D’autres nouvelles de l’auteur avaient déjà été adaptées pour le grand écran, par exemple Mr. Sardonicus de William Castle.

Co-financé par un crowdfunding, tourné en 2016 au Tennessee sur une période très courte d’un mois, plus quelques journées additionnelles, notamment la fin qui a été tournée sur 2 jours avant le tournage principal. Tennessee Gothic sort enfin en 2019 après une longue période de post-production et de passages en festivals. En effet, il y a eu pas mal de retouches pour effacer les petits défauts, pour faire du matte painting mais aussi pour parfaire les prises de son. L’équipe se compose majoritairement d’inconnus, pour un film à faible budget. On peut toutefois préciser que Jeff Wedding avait déjà réalisé 6 court-métrages et 1 long-métrage avant ça, son premier effort datant de 2004. Un nom au générique sort toutefois du lot : Eric Stanze. Les plus underground d’entre vous se souviendront de Scrapbook, sorti chez Uncut Movies en France, il apparaît aussi au générique de Stake Land de Jim Mickle. Idem pour la distribution, aucun nom ne sort de l’ordinaire, ce sont surtout des débutants. Seul l’interprète du curé libidineux du village, Wynn Reichert, semble avoir eu une carrière plus conséquente, avec plus de 120 apparitions dans des courts et des long-métrages depuis le début des années 90.

Cela ne veut en aucun cas dire que le jeu d’acteur est inexistant, au contraire. Il faut vraiment applaudir la performance générale. Tout le monde fait de son mieux, et les acteurs ont même eu le droit d’ajouter leur touche personnelle tant dans les dialogues que dans les costumes. Il faut surtout mentionner l’interprète de Sylvia, Jackie Kelly. Elle donne littéralement de sa personne. En effet, elle se retrouve la plupart du temps en tenue d’Eve. Elle rayonne, reste naturelle en même temps qu’elle communique un sentiment de malaise à mesure qu’on avance dans l’intrigue. Pareil pour le couple de fermiers vedette, avec leur naïveté presque enfantine source de plein de situations très drôles.

Les effets spéciaux sont assez rares, mais ils sont très bien réalisés, mis à part une tête fraîchement coupée qui fait très artificielle (une tête de mannequin en réalité) ce qui n’est pas bien grave. La musique qui accompagne le film s’inscrit totalement dans cette ambiance ensoleillée et rurale. On passe de la country music, au métal, au psychobilly (sorte de version plus furieuse de la country music) sans oublier le score plus atmosphérique pour les scènes de suspense composée par un Greg Bennett talentueux.

Jeff Wedding a voulu réaliser un film plus léger que ses oeuvres précédentes. Beaucoup de scènes se déroulent la journée, l’humour est omniprésent, les rôles principaux sont attachants, les rôles secondaires sont tous très bien écrits. Citons par exemple le curé, qui aime venir régulièrement voir Sylvia pour lui donner tout l’amour de Jésus (au sens figuré comme au sens propre), ou encore cet employé d’épicerie, qui se pense plus cool qu’il n’est en réalité. Malgré certains passages bien plus sombres, toute l’équipe se félicite d’un tournage qui s’est bien passé, ils ont beaucoup rit. Une bonne humeur franchement communiquante, on termine le film avec un joli sourire sur le visage. 

Tennessee Gothic est une oeuvre atypique et fraîche, qui détient son propre style. Il ne faut pas se laisser détourner du fait qu’il s’agisse d’un petit budget interpreté par des inconnus, car le film n’a jamais un look bon-marché. Le 16mm aidant bien sûr (pas d’image digitale tournée au téléphone ici), mais Jeff Wedding a eu la bonne idée de ne pas tout mélanger : les acteurs ne s’occupent que de leur jeu d’acteur, l’équipe ne s’occupe que de son job derrière la caméra. Fait assez rare, car souvent dans le cinéma indépendant, tout le monde fait tout. Ici cette ségrégation rend l’ensemble extrêment fluide et se révèle hautement bénéfique pour le métrage.

Tennessee Gothic trace son propre chemin. L’humour et le sexe frontal sont omniprésents pour laisser place à un final un peu plus dur, qui comporte son lot de retournements, de révélations mais aussi de morts violentes. L’ensemble se suit avec un oeil amusé et complice. Le temps passe vite grâce à un rythme totalement maîtrisé par son réalisateur. La cerise sur le gâteau étant le look général du film, dû à une équipe dédiée et talentueuse, qui ne trahit jamais son origine modeste. Il est rendu justice au travail accompli dans l’excellent blu-ray sorti par Gipsy Root qui comporte des sous-titres en anglais, un commentaire audio en VO, un making of de 26 mn, une galerie photo très fournie avec la musique du film en fond sonore, ainsi que la bande-annonce d’usage et un clip de prises ratées

– Patrick Lang –

Tennessee Gothic
2019 – USA – 88mn
Réalisation: Jeff Wedding
Genre(s): Horreur, Comédie
Acteur(s): William Ryan Watson, Jackie Kelly, Victor Hollingsworth

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