Au fin fond du Tennessee rural, Sylvia, une jolie jeune femme réussit à échapper de justesse à 3 hommes qui tentent de la violer et de la tuer. Blessée, elle titube le long de la route quand “Pa” décide de l’emmener et de la soigner à la ferme où il vit avec son fils Caleb. Bizarrement, la santé de ses hôtes se détériore au fur et à mesure qu’elle se remet. Ils tombent rapidement sous le charme de leur protégée qui possède une personnalité plus que frivole. Mais peut-être qu’elle n’est pas aussi naïve qu’elle en a l’air. Ce petit monde idyllique en apparence menace de s’écrouler quand surgit un des survivants de l’agression de Sylvia. Elle va bientôt révéler sa vraie nature.

Le scénario de Tennessee Gothic est basé sur les écrits de Ray Russell, en particulier American Gothic, une nouvelle tirée de l’anthologie Dark Masques. D’autres nouvelles de l’auteur avaient déjà été adaptées pour le grand écran, par exemple avec Mr. Sardonicus de William Castle.

Co-financé par un crowdfunding, tourné en 2016 au Tennessee sur une période très courte d’un mois, plus quelques journées additionnelles, notamment la fin qui a été tournée sur 2 jours avant le tournage principal. Tennessee Gothic sort enfin en 2019 après une longue période de post-production et de passages en festivals. En effet, un nombre important de retouches pour effacer des petits défauts, ajouter du matte painting, ou pour parfaire les prises de son fut nécessaire.Malgré une équipe technique essentiellement composé d’inconnus, on peut tout de même préciser que Jeff Wedding avait déjà réalisé 6 court-métrages et 1 long-métrage avant Tennessee Gothic. Un nom au générique sort toutefois du lot : Eric Stanze. Les plus underground d’entre vous se souviendront de Scrapbook, sorti chez Uncut Movies en France, il apparaît aussi au générique de Stake Land de Jim Mickle.

La distribution est à l’avenant, ayant surtout recours à des débutants. Seul l’interprète du curé libidineux du village, Wynn Reichert, semble avoir eu une carrière plus conséquente, avec plus de 120 apparitions dans des courts et des long-métrages depuis le début des années 90.
Cela ne veut en aucun cas dire que le jeu d’acteur est mauvais, au contraire. Il faut applaudir la performance générale et surtout mentionner l’interprète de Sylvia, Jackie Kelly. Elle donne littéralement de sa personne, se retrouvant la plupart du temps en tenue d’Eve, et parvient à  communiquer un sentiment de malaise à mesure qu’on avance dans l’intrigue.

La musique qui accompagne le film s’inscrit totalement dans cette ambiance ensoleillée et rurale. On passe de la country music, au métal, au psychobilly (sorte de version plus furieuse de la country music) sans oublier le score plus atmosphérique pour les scènes de suspense composée par un Greg Bennett talentueux.Jeff Wedding a voulu réaliser un film plus léger que ses oeuvres précédentes où l’humour serait omniprésent, avec des protagonistes attachants et bien écrits. Citons par exemple le curé, qui aime venir régulièrement voir Sylvia pour lui donner tout l’amour de Jésus (au sens figuré comme au sens propre), ou encore cet employé d’épicerie, qui se pense plus cool qu’il n’est en réalité.

Tennessee Gothic est une oeuvre atypique et fraîche, qui parvient à trouver son propre style. Malgré un manque évident d’argent le film n’a jamais un look bon marché. Wedding trace son chemin, entre humour et sexe frontal, pour nous diriger vers un final dur, qui comporte son lot de retournements, de révélations mais aussi de morts violentes. L’ensemble se suit avec un oeil amusé et complice et le temps passe vite grâce à un rythme maîtrisé. Il est rendu justice au travail accompli dans l’excellent blu-ray sorti par Gipsy Root qui comporte des sous-titres en anglais, un commentaire audio en VO, un making of de 26 mn, une galerie photo très fournie avec la musique du film en fond sonore, ainsi que la bande-annonce d’usage et un clip de prises ratées.

– Patrick Lang –

Tennessee Gothic
Année: 2019 ¦ Pays: USA ¦ Durée: 88mn
Réalisateur: Jeff Wedding
Genres: Horreur, Comédie
Acteurs: William Ryan Watson, Jackie Kelly, Victor Hollingsworth

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