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Un guerrier vivant dans une cabane perdue au milieu d’une forêt, traque des créatures démoniaques et tranche leurs têtes qu’il collectionne ensuite comme des trophées. Guidé par la vengeance, il espère pouvoir retrouver et tuer le monstre responsable de la mort de sa fille.
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Réalisé et co-scénarisé par Jordan Downey en 2018, The Head Hunter est son 3ème long-métrage. Le bonhomme avait connu une petite gloire aux USA avec son premier film : ThanksKilling, un joyeux mélange de comédie et d’horreur ; et avec quelques courts-métrages comme par exemple Critters : Bounty HunterÀ sa sortie, The Head Hunter, alliant horreur et fantasy, s’était taillé une petite réputation aux travers de différents festivals, mais surtout grâce à sa diffusion sur Shudder, une plateforme américaine de streaming spécialisée dans le cinéma d’horreur et dans le fantastique (un peu comme le nouveau venu Shadowz en France).
Une bonne réputation donc, mais aussi pas mal de détracteurs.

Il faut dire que The Head Hunter est un film pour le moins étrange et qui a de quoi déconcerter. Partant d’une histoire pour le moins basique -la vengeance d’un père-, le film se permet des choix narratifs et artistiques assez osés : un seul personnage à l’écran, le guerrier, si l’on n’excepte quelques flashbacks, une absence presque totale de dialogues, et un rythme on ne peut plus lent. En résulte un métrage peu démonstratif mais extrêmement contemplatif, qui mise tout sur son ambiance et sur son protagoniste…

…Et quelle ambiance !
Tourné entre le Portugal, la Norvège et les USA, The Head Hunter bénéficie de paysages tout simplement magnifiques : forêts enneigées, plaines embrumées, lacs et montagnes ensoleillés. En voyant ce guerrier les traverser, nous ressentons encore plus son écrasante solitude. Tour à tour inquiétants, mélancoliques, ou apaisants, ces décors font partie intégrante de l’atmosphère si particulière que dégage ce métrage.

Dans le rôle du guerrier solitaire, Christopher Rygh délivre une excellente prestation. Las, usé par de trop nombreux combats, la seule force qui semble encore l’animer est son besoin de vengeance. Froid, stoïque d’apparence, son âme est pourtant noyée dans la douleur et le chagrin, et son corps n’est plus qu’un instrument lui permettant d’obtenir le prix du sang. Rien que par son regard, nous pouvons ressentir tout le désespoir de cet homme brisé dont la vie se résume à accomplir sa mission.
The Head Hunter constitue pour Rygh son premier grand rôle au cinéma, un rôle qui était parfaitement taillé pour cet acteur norvégien qui, au delà de sa carrure imposante, parvient à insuffler à son personnage charisme, détermination et intensité.

Outre la très belle présence de son acteur, et l’ambiance très travaillée de son métrage, Downey a su également se montrer très efficace dans sa réalisation. En adoptant des cadres amples, en sachant capter et tirer partie de cette nature sauvage, il parvient à la sublimer.

Son film se divise en 2 parties.
Le premier acte du film se résumera au quotidien du guerrier : sa vie dans la cabane, son recueillement sur la tombe de sa fille, puis son voyage pour débusquer un monstre et enfin son retour avec une nouvelle tête pour sa collection, et de nouvelles meurtrissures.
Un schéma qui se répétera plusieurs fois jusqu’a la 40ième minute du métrage qui viendra casser cette redondance tout en marquant le début du 2ème acte.

Là, le réalisateur nous offrira le face à face très attendu avec la créature qui a tué la fille du héros. Downey entrainera alors son métrage vers l’horreur, de manière totalement naturelle, sans briser l’équilibre de son film, parvenant à composer des scènes à la tonalité inquiétante et anxiogène.

C’est une oeuvre extrêmement bien maitrisée par son auteur, qui a pourtant du composer avec de nombreuses contraintes. La première, et non des moindres, est son budget de seulement $30 000, c’est bien peu pour un film de ce genre qui se montre ambitieux. Comme souvent sur un tel projet, il a fallu que certains membres de l’équipe portent plusieurs casquettes. Jordan Downey est également le responsable des effets spéciaux et des maquillages, qui sont d’ailleurs très réussis ; le producteur, le réalisateur et le co-scénariste ont du fabriquer eux-mêmes les décors ; le chef opérateur fait de la figuration ; etc…
Quand on sait que l’équipe entière du film se composait de 5 personnes, acteurs inclus, et que le tournage intégral du film a été bouclé en 30 jours, il y’a de quoi être admiratif.

Cependant, même si le manque d’argent ne se fait pas sentir à l’écran, il a évidement fallut faire des choix. Les combats, par exemple, se dérouleront hors-champs, et nous ne pourrons en imaginer la sauvagerie et la violence que grâce aux blessures que notre héros portera sur son corps.
Sans aller jusqu’a parler de frustration, on ne peut que regretter de ne pouvoir assister à des batailles épiques entre le guerrier et les créatures.

Malgré tout, The Head Hunter reste une excellente surprise, une oeuvre carrée et efficace, qui ne dépare pas de son sujet, aussi simpliste semble-t’il, en tentant de le complexifier inutilement. En restant parfaitement centré sur son personnage et sa mission, en faisant preuve d’une réelle économie narrative, et en ménageant ses effets, Downey nous livre une vraie proposition de cinéma.

Bien sûr, tous les partis pris qu’adopte le film ne seront pas du goût de chacun. Son rythme, son absence d’action, son refus de tout sensationnalisme, risquent de laisser une bonne partie du public au bord du chemin. Tout est, comme souvent, affaire de sensibilité et d’acceptation. Il faut parvenir à se laisser embarquer dans cette aventure minimaliste à travers des paysages merveilleux, où la forme prend souvent le pas sur le fond. The Head Hunter provoquera autant le rejet que l’engouement, suivant les affinités de chacun. Votre serviteur est pour sa part plus que conquis. 

– Anthony Rct –

The Head Hunter
Aka: Viking Vengeance

2018 – USA – 72mn
Réalisation: Jordan Downey
Genre(s): Horreur, Fantasy

Acteur(s): Christopher Rygh, Cora Kaufman, Aisha Ricketts

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