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Ricardo a une passion dévorante et malsaine pour la chanteuse Eva. Sans emploi et toxicomane, il filme son quotidien se résumant à regarder les clips de son idole, lire des interviews dans différents magasines, ou lui écrire des lettres. Le jour où il découvre dans la presse que Eva est tombée amoureuse il va définitivement sombrer dans la folie, et se résoudre à commettre l’irréparable.
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Le 12 septembre 1996 Ricardo López poste un colis piégé à la chanteuse islandaise Björk, heureusement intercepté par la police londonienne. Fan obsessionnel de la star, il se suicide peu après son envoi, en laissant derrière lui plusieurs enregistrements fait avec sa caméra. Un journal video de plus de 20 heures à l’intérieur duquel López parle de son amour inconditionnel pour Björk, mais aussi de sa colère sur sa relation amoureuse avec le musicien Goldie. Se sentant trahi, il va ourdir sa vengeance en confectionnant une bombe d’acide sulfurique cachée dans un livre, espérant parvenir à la tuer ou au moins à la défigurer. Son ultime video le présente se préparant à se rendre au bureau de poste pour y déposer son colis, et reprend à son retour où, après s’être rasé la tête et peint le visage, il se tire une balle dans la tête avec son révolver pendant qu’une chanson de l’artiste passe en fond sonore.

Libre adaptation de cette histoire véritablement glaçante, The Obsessed est la première réalisation de BAD TRIP Bros, une société de production italo-albanaise spécialisée dans le cinéma d’horreur et SF extreme. Le film est le fruit de la collaboration entre Domiziano Cristopharo, Jacopo Tomassini et Iva Cakalli, où chacun a apporté son talent et son savoir-faire.

Nul besoin de présenter Domiziano Cristopharo aux afficionados du cinéma extreme, ce réalisateur italien pour le moins prolifique s’étant déjà battit une très solide réputation avec des films comme House of Flesh Mannequins, Hyde’s Secret NightmareRed Krokodil, ou Xpiation.
Il est ici auteur de l’histoire, réalisateur, monteur, et a même réalisé quelques effets numériques. Jacopo Tomassini et Iva Cakalli ont eux écrit le script -avec l’aide de Andrea Cavaletto, un fidèle collaborateur du Cristopharo- réalisé les effets spéciaux et maquillages, et aidé à la réalisation. 

Un projet collectif donc, mais qui porte indéniablement la patte de Cristopharo. Finalement il est logique de le voir s’intéresser à l’histoire de Ricardo López tant elle contient tous les thèmes et les obsessions justement chères au réalisateur : un être solitaire, vivant en marge de la société, prisonnier de sa folie et sa frustration, et mû par un besoin irrépressible d’autodestruction.

The Obsessed est donc “l’histoire d’amour” dévorante et malsaine d’un homme ayant perdu pied avec la réalité. Tout comme le protagoniste de son précédent film Doll Syndrome -dont The Obsessed pourrait presque être vu comme le 2ème volet d’un dytique sur l’amour dévoyé- Ricardo, amoureux d’une chimère, en arrivera à commettre les pires atrocités pour, faute de le posséder, détruire l’objet qu’il désire. Un personnage beaucoup plus fragile et sensible que celui de Doll Syndrome, mais tout aussi dangereux.

Cristopharo filme la vie de cet être toxicomane et passablement alcoolique sans jugement mais aussi sans complaisance. Un spectacle oscillant entre hallucination et réalité, évidement biaisé par toutes les substances que le protagoniste ingère. Au fur et à mesure que le film avance, et que le personnage perd un peu plus le contact avec le monde réel, il devient une alternance de scènes surréalistes : mutation et transformation corporelle, rencontre avec un cosmonaute, mutilation, discussion avec un penis géant… Noyé dans sa propre folie, Ricardo (et le spectateur) ne parvient plus à discerner le vrai du faux.

Un spectacle moins trash et gore que les précédentes oeuvres de Cristopharo, mais qui n’en est pas moins viscéral, et qui surtout parvient à capter et transmettre les vicissitudes qui animent son personnage.

Pour incarner cet âme désespérée, Cristopharo a pu compter sur Jacopo Tomassini qui en plus de co-signer les effets spéciaux du film, délivre une excellente prestation. Un rôle impliquant un large panel émotionnel, et dont le corps reflète la décrépitude mentale. C’est la première fois que Tomassini fait l’acteur, et on ne peut que saluer une performance où il donne vraiment de sa personne : port de nombreuses prothèses, nudité, rasage intégral du crâne.

On ne peut également qu’applaudir les effets spéciaux qu’il a concoctés avec Iva Cakalli. Entre les maquillages complexes, les animatronics, les nombreuses transformations dont Ricardo est la victime (dont celle tres réussie où il se métamorphose en félin), tous les effets occupent une grande place dans le métrage et assurent le show par leur qualité et leur ingéniosité, notamment lors de quelques passages en stop motion du plus bel effet.
Ils sont de plus parfaitement mis en valeur par la réalisation de Cristopharo.

Ce réalisateur nous a habitués à un standard de qualité avec ses films, soignant ses cadres, sa photo, ses éclairages, sa direction d’acteurs. The Obsessed, malgré son aspect collaboratif, ne fait pas exception, et Cristopharo accouche, une fois de plus, d’une oeuvre au rendu extrêmement professionnel.

Plus sage et moins frontal que ses autres oeuvres, The Obsessed n’en demeure pas moins un excellent métrage qui se plait à explorer la noirceur de l’âme humaine. Autant drame que film d’horreur -flirtant même avec le body horror- l’histoire de Ricardo est d’autant plus terrifiante qu’elle s’inspire de la réalité. Une “petite douceur” cauchemardesque, où passion et folie se mélangent.

– Anthony Rct –

The Obsessed
Aka: The Obsessed (The Best of Me), Last Day: The Best of Me
2019 – Albanie, Italie – 86mn
Réalisation: BAD TRIP Bros.
(Domiziano Cristopharo)
Genre(s): Drame, Horreur, Body Horror

Acteur(s): Jacopo Tomassini, Elisa Carrera Fumagalli, Bjordi Mezini

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