Un professeur en anthropologie, encore sous le coup de la mort de sa femme et suspendu de son université, se retire à la campagne. Délaissant sa nouvelle compagne et sa fille, l’homme est obsédé par ses travaux, pensant être sur le point de faire une découverte majeure qui pourrait bouleverser notre perception de la réalité. Mais plus ses recherches avancent et plus le comportement des gens autour de lui se modifie et des événements de plus en plus étranges se produisent.

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Si l’on excepte A Serbian Film de Srđan Spasojević, que la plupart des gens connaissent -au moins de réputation-, il faut bien admettre que la Serbie n’est guère productive en matière de cinéma horrifique et fantastique. Pourtant, malgré l’extrême parcimonie dont elle fait preuve pour ces 2 genres, elle nous réserve parfois d’excellentes surprises : outre le film de Spasojević, Otvorena de Momir Milosević en fut également un parfait exemple. Le nouveau venu The Pond de Petar Pašić vient confirmer, avec pertinence, l’intérêt à porter aux propositions que nous offre, trop rarement, la Serbie.

Pašić, qui signe ici son 3ème long-métrage, nous offre une oeuvre plutôt déconcertante : loin des standards actuels du cinéma horrifique ayant trop souvent recours aux effets faciles et galvaudés -tel le jump scare- et adoptant un rythme nerveux, le réalisateur, au contraire, opte avec The Pond une démarche plutôt contemplative qui mise avant tout sur son ambiance soignée.

Il prend son temps, soigne ses effets, dévoile son histoire par petites touches, et se plaît à plonger ses spectateurs en permanence dans une inquiétante étrangeté. The pond fait naître la peur de cette réalité qui peu à peu s’étiole puis se désagrège à mesure que l’inexplicable s’insinue en elle. Une tension palpable et parfaitement entretenue au service d’un scénario qui n’est pas toujours d’une grande originalité, mais qui se montre habile et efficace pour peu que l’on arrive à rentrer dedans.

Oscillant entre l’horreur atmosphérique et le folk horror, le métrage déploie un univers à la fois surréaliste et onirique. À l’instar de John Trent -le protagoniste du film L’Antre de la folie de John Carpenter- notre professeur, dont on ne connaîtra jamais le nom, se retrouve propulsé dans un monde où la frontière entre réel et cauchemar se fait à chaque instant plus poreuse.

Est-ce lui qui sombre dans la folie, ou, au contraire, la folie, qui est en train de dévorer le monde ? 

Malheureusement The Pond fait partie de ces films où le voyage se montre plus intéressant que la destination. Ainsi, si le final vient nous apporter des éléments de réponses, il se montre également un tantinet décevant. Une conclusion en demi-teinte qui n’a heureusement rien de rédiboitre.

Il est clair que Petar Pašić n’a pas manqué d’ambition pour son métrage et encore moins de savoir-faire. Techniquement The Pond fait preuve d’une réelle recherche, et est visuellement très réussi. Les plans tournés au drone sont splendides, et certaines scènes d’une beauté glaçante sont rehaussées par des cadres parfois fort inspirés. L’ensemble du film parvient à tirer parti de cette nature maussade et désolée, tout en la sublimant.
Il faut également mettre en exergue le talent, totalement complémentaire à l’excellent travail du réalisateur, dont ont fait preuve Vladan Janković et Nemanja Mosurović, respectivement directeur de la photographie et compositeur de la musique du film. L’un, adoptant une photo volontairement froide et terne en parfaite adéquation avec la tonalité du film, et l’autre, l’habillant superbement avec ses musiques minimalistes aux sonorités inquiétantes, ajoutant encore à l’angoisse qui en émane.

Pourtant, malgré ses innombrables qualités, The Pond ne fera certainement pas l’unanimité. Très loin de l’horreur purement récréative que l’on peut finalement regarder du coin de l’oeil tout en faisant autre chose, le film de Pašić, sans aller jusqu’à dire qu’il se montre exigeant, nécessite tout de même un effort de concentration, de patience et de lâcher-prise de la part de son public pour être pleinement apprécié. L’interprétation un peu “raide” de certains acteurs, l’histoire au traitement volontairement opaque, et la lenteur de son rythme risquent de laisser bon nombre de spectateurs sur le bord du chemin. 

Ne voyez pas là une quelconque critique ou un jugement de valeur de la part de l’auteur de cette review, mais un simple constat, voire une mise en garde : Il y a autant matière à se passionner pour The Pond qu’à  s’ennuyer ferme selon la sensibilité et les attentes de chacun.
Votre serviteur, lui, est totalement conquis. Bravo Monsieur Pašić !

– Anthony Rct –

The Pond
2021 – Serbie – 95mn
Réalisation: Petar Pašić
Genre(s): Horreur, Folk Horror, Drame
Acteur(s): Marco Canadea, Leslie Kunz, Paul Leonard Murray

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