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Nous avions déjà abordé l’oeuvre de Davide Pesca lors des reviews de Tales From Deep Hell et de la compilation After Midnight (où il était l’auteur d’un segment). The Suffering Bible, une anthologie qu’il a écrite et réalisée en 2018, marque donc une nouvelle plongée dans l’univers torturé de ce réalisateur italien. 

Découpé en 5 actes (My Only God – San Tomas – In The Name of Father – The Pact – The Redemption of lost souls), The suffering Bible entremêle violence et religion pour nous conter des histoires emplies de douleur, de sang et de désespoir. Elles se verront liées par un fil rouge où un homme et une femme aux visages bandés et aux corps meurtris rampent dans une forêt tel un Adam et Eve se débattant dans un jardin d’Eden sinistre.

Une femme obsédée par sa meilleure amie, la torture et la tue pour qu’elles soient toujours ensemble même dans l’au-delà ; Jésus sur sa croix apparaîtra à un moine qui lui arrachera le coeur pour le dévorer ; une jeune femme en prière devant la croix va s’auto-mutiler par amour de Dieu ; une femme superficielle reçoit la visite d’une inconnue qui va l’assassiner au cours d’un rituel ; des hommes masqués vont, devant une caméra, torturer et tuer leurs victimes consentantes.
Voilà les résumés des 5 segments concoctés par Pesca dans cette bible de la souffrance.

Une anthologie centrée sur l’être humain et la souffrance qu’il s’inflige et inflige aux autres. Très loin d’une oeuvre à charge contre la religion comme son titre pouvait le laisser supposer, Pesca, par le biais d’allégories et d’images chocs, montre au contraire comment l’homme la dévoie en commettant les pires atrocités en son nom.

Loin de tout prosélytisme c’est plutôt la noirceur de l’humanité et sa faculté à salir, corrompre et détruire qui intéresse Davide Pesca. Des thème qu’il avait déjà abordés dans son Tales From Deep Hell, et qui sont là explorés plus avant dans une oeuvre définitivement plus cohérente.

En effet dans cette précédente anthologie, le réalisateur avait “recyclé” d’anciens courts métrages qu’il avait associés à de nouveaux, donnant un ensemble quelque peu disparate. De plus, il avait multiplié le nombre d’histoires, dont certaines étaient bien trop courtes pour être pleinement appréciées.

Des erreurs qu’il a pris soin de ne pas reproduire avec The Suffering Bible. Avec juste 5 actes, tous tournés pour l’occasion, Pesca obtient un résultat plus homogène où chacun des segments, bien qu’ils ne soient pas tous d’une durée égale, parviennent à pleinement exister.

Mais c’est clairement sur l’aspect technique et esthétique que The Suffering Bible creuse l’écart, on sent que le réalisateur a voulu livrer une oeuvre infiniment plus travaillée que lors de ses précédents efforts. Malgré son faible budget, l’ensemble se montre visuellement très réussi : Pesca soigne ses cadres, ses éclairages, ses effets spéciaux et ses maquillages. Plutôt que de tomber dans la surenchère en livrant un nouveau métrage plus extrême que son prédécesseur, il préfère nous offrir un film plus artistique, plus abouti, mais finalement aussi un peu plus sage sur la violence.

Alors, oui, The Suffering Bible reste malgré tout une oeuvre un minimum “gorasse” contenant son lot de scènes graphiques -éventration, énucléation, mutilations diverses et variées entre autres joyeusetés- mais elles ne sont ni un argument ni une composante essentielle, mais plutôt un des ingrédients participant à l’ambiance mortifère et glauque que Pesca cherche à instaurer à son film.

Le point d’orgue de cette bible de la souffrance est donc bel et bien l’ambiance qu’elle distille et qui se voit renforcée par la quasi-absence de dialogue et l’excellente musique dark ambiantesque composée par OKY. Malheureusement, à trop soigner la forme en oubliant de travailler le fond, Pesca accouche d’une oeuvre indéniablement maitrisée mais qui laisse un petit arrière-goût de facilité scénaristique où le symbolisme et les pistes réflectives sous-jacentes à son sujet ne sont jamais suffisamment exploitées.

Rien de rédhibitoire qui empêcherait de regarder cette contemplative anthologie qui ne manque définitivement pas de style. Pesca est un réalisateur qui, projet après projet, nous prouve qu’il évolue et qu’il est un des acteurs de la scène underground italienne sur qui il faut compter.

– Anthony Rct –

The Suffering Bible
2018 – Italie
 – 65mn
Réalisation: Davide Pesca 
Genre(s): Horreur, Gore/Extrême, Sketches/Anthologie
Acteur(s):
Nicola Fugazza, Mary Rubes, Beata Walewska

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